L’Angleterre en Sixty-six
Mardi, 29 Juin 2010 09:30 -

Tags: 1966 | angleterre | Argentine | Hurst | Pickles | Polémique | Ramsey | Vol | Wembley


Il y a un demi-siècle, le football revenait sur sa terre natale, celle de ses pionniers. Cette année-là, l’Angleterre d’Alf Ramsey était sacrée chez elle conformément aux prédictions de son sélectionneur mais dans la controverse. Car 1966 restera à jamais emprunt de morceaux de tragédie grecque entre la disparition du trophée Jules Rimet, les accusations sud-américaines et le « but de la 100ème minute ».

 

Pickles. Au côté des Banks, Moore, Charlton et Hurst, l’un des héros du mélodrame de sixty-six s’appelle Pickles. Le 20 Mars 1966, soit quatre mois avant le Mondial, le trophée Jules Rimet est dérobé lors d’une exposition publique au Centre Hall de Westminster. A cause de son design unique et difficilement copiable, les organisateurs craignent de donner pate vide aux vainqueurs. Malgré les efforts de Scotland Yard, les recherches sont vaines. Mais, sept jours plus tard, un chien du nom de Pickles retrouve le trophée, enveloppé dans du papier journal dans un buisson de Beulah Hill, au Sud de Londres. A dormir debout. Tellement que des légendes content que la FA aurait imaginé le vol pour croitre l’intérêt d'une compétition qui manquait de passionner le public anglais (les ventes de billets étaient faibles avant le vol).

 

L'Angleterre favorisée

Ce n’est qu’un détail parmi la tapée de bizarreries qu’habite 66. Rarement la victoire d’un pays hôte n’a nourri tant de galéjades de favoritismes. Certains ont parlé de copies de documents prouvant la complicité de la FA, d’autres ont même évoqué des destructions de preuves. Toujours est-il que des évidences subsistent. Cette année-là, l’Angleterre joua tous ses matchs à Wembley. Elle fut aussi aidée par les referees, quelques fois de façon évidente comme en demie contre le Portugal.

 

Pendant ce temps, ses grands rivaux sont eux accablés par les juges. C’est le cas du champion sortant : le 19 Juillet 1966, l’arbitre anglais George McCabb fait preuve d’un laxisme coquace face aux agressions délibérées des portugais sur Pelé. McCabb sanctionne peu, voire jamais. Eusebio finit d’assommer un Brésil moribond (3-1) et éliminé dès le premier tour dans l’émotion universelle.

 

« El robo del siglo »

Une première goutte dans la Tamise pour les latinos. Il faut comprendre que la Coupe du Monde nourrit alors des passions exubérantes sur un continent qui l’a gagné quatre fois sur sept tournois : l’Uruguay deux fois, le Brésil deux fois. Mais, sur les trois nations sud-américaines en 1966, le Brésil manque de sortir de son groupe, alors que l’Uruguay et l’Argentine sont tapés en quarts. Pour les sud-am ça ne fait aucun doute : les anglais ont volé le tournoi avec la complicité de l’Allemagne de l’Ouest (les officiels anglais et allemands ont arbitré tous les matchs du Brésil).

 

Car, en quarts, un arbitre anglais officialise le RFA-Uruguay alors qu’un allemand prend le sifflet d’Argentine-Angleterre. Dans les deux matchs, la partialité des refs va être mise à mal. A Hillsborough, Jim Finney expulse Horacio Troche et Héctor Silva : l’Uruguay s’incline lourdement (4-1), en encaissant 3 buts en avalanche dans les dernières minutes. Le même jour, l’Angleterre joue l’Argentine à Wembley. La partie est tendue, proche d’un affrontement des premiers âges. A la 35ème minute, Rudolf Kreitlein expulse le défenseur argentin Antonio Rattín. S’en suivent de longues minutes de confusion pendant lesquelles le match est stoppé : Rattín refuse de sortir et Ken Aston (le superviseur anglais des arbitres) entre sur le terrain, ce qui ulcère les argentins qui suspectent déjà une collaboration germano-anglaise.

 

A la 78ème, Hurst marque l’unique but du match. Alf Ramsey refuse que ses joueurs échangent les maillots et qualifie les argentins d’ « animaux » aux micros. La presse argentine vomit elle spontanément le « vol du siècle » : ce n’est que le début d’une rivalité de spartiates dont la Hand of God sera une suite logique, et l’expansion d’un sentiment profondément anti-anglais à travers l’Amérique du Sud.

 

« They think it’s all over »

La suite, tout le monde la connait. Allemands et anglais se retrouvent en finale. Le score est nul à la fin du temps réglementaire (2-2) et quand vient la 100ème minute. Allan Ball centre pour Geoff Hurst. L’attaquant de West Ham contrôle en pivotant et frappe puissamment en déséquilibre. Tilkowski est battu. Mais la frappe heurte la barre, retombe ligne intérieure et ressort avant d’être dégagée en corner. Impossible – même à la vidéo, même des années après – pour l’arbitre suisse de dire si la balle a franchi la ligne de son diamètre. Gottfried Dienst demande à son juge de touche (le russe Tofik Bakhramov) qui indique que le but est valable. Après des secondes de vide temporel, le but de Hurst devient bien le plus controversé de l’histoire du football.

 

A l’ultime seconde, Hurst crucifie des allemands désespérément en attaque (4-2). Le commentaire en direct de la BBC devient mythique outre-manche, et clôt le sacre contesté de la génération dorée des boys d’Alf Ramsey : « He's got... some people are on the pitch... they think it's all over... it is now! ».

 

M.P

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