Escobar 94 : Quand le foot tue…
Vendredi, 18 Juin 2010 09:00 -

Tags: Assassinat | Caballero | Colombie | Escobar | Los Angeles | Medellin | Mondial 94 | Munos Castro | USA


Le Mondial 94 c’est Roger Milla, le drop de Baggio ou encore le sacre du Brésil de Romario. Mais le Mondial Américain renferme aussi un épisode ô combien plus tragique : l’assassinat d’Andrés Escobar, défenseur colombien auteur du contre-son-camp qui précipita l’élimination de son pays et… la sienne.

 

Escobar, Andrés. Né à Medellín en 1967. Avec une telle carte d’identité, les raccourcis pourraient être rapides. Mais non Andrés Escobar n’était aucunement lié aux cartels de la drogue en Colombie et n’est pas plus tombé, comme certains de ses homonymes, sous les balles de narcotrafiquants. Non, à vrai dire, Andrés Escobar était un chic type. Il était footballeur international et jouait aux Etats-Unis sa deuxième Coupe du Monde, quatre ans après le Mondial Italien où la Colombie avait été éliminée en 16ème par le surprenant Cameroun.

 

« El Caballero de la Cancha »

Escobar n’était pas non plus un illustre inconnu. Il était un défenseur de talent, admiré pour son élégance sur le terrain et dans la vie. Cela lui avait valu les surnoms de « Gentleman du Football » et de « Chevalier du terrain ». Bon garçon de la classe moyenne, il avait l’habitude, à chaque Noël, de remplir son 4x4 de cadeaux pour les distribuer aux enfants les plus démunis de Medellín.

 

Comme son père avant lui qui avait fondé une organisation pour enrôler les plus jeunes sur les terrains de foot plutôt que dans les rues des quartiers crades de la ville. Un destin tout tracé. Andrés aussi allait s’aimer de ce sport, le pratiquer avec application au Colegio Calasanz puis au Conrado Gonzalez, avant d’en faire son métier à l’Atlético Nacional de 1987 à 1994. Il y sera champion de Colombie en 1991 et gagnera la seule Copa Libertadores du club (1989). Dès 1988, Escobar devient international et l’admiration pour le joueur dépasse les murs de la ville de l’éternel printemps. 50 capes et un but symbolique à Wembley lors d’un nul (1-1) contre l’Angleterre.

 

Los Angeles

Quand la Colombie débarque sur le continent nord-américain à l’été 94, le bon parcours en éliminatoires et une victoire 5-0 sur l’Argentine ont décuplé les espoirs d’une nation entière. Oppressant : à l’heure de faire ses valises, Andrés est inquiet, réunit sa famille. Comme un pré-sentiment. Pis, la pression est double quand la Tricolor fait face, le 22 Juin 1994, au pays organisateur dans la chaleur étouffante du Rose Bowl de Los Angeles. Les hommes de Pacho Maturana n’ont plus le droit à l’erreur après un premier échec contre la Roumanie (1-3). A la 35ème minute, un fait de jeu anodin va se transformer en véritable tragédie. John Harkes centre à ras-de-gazon. Escobar doit devancer Earnie Stewart au point de penalty et coupe le centre dans l’espoir de mettre la gonfle en corner. Mais son tacle est cadré et Oscar Cordoba est pris à contre-pied. CSC ! La Colombie encaissera un second but qui cèlera le sort de son Mondial : elle est éliminée malgré une victoire sur la Suisse (2-0).

 

Escobar est touché, moralement. Sitôt le Mondial fini, il rentre en Antioquia retrouver la quiétude de son nid familial. Loin de l’échec du Mondial. Loin de ce foutu but auquel il pense chaque nuit. Le 2 Juillet, une dizaine de jour après son retour, lui et des amis décident de se retrouver à la discothèque El Indio. Là bas des clients éméchés le reconnaissent et commencent à l’insulter. Andrés préfère partir. Mais sur le parking à 1h du matin, la scène se répète, les mots montent jusqu’à ce qu’un homme sorte un calibre 38 et tire à douze reprises sur Andrés, criant « gol » à chaque coup de gâchette.   

 

Aún vive Andrés

L’assassin, Humberto Muñoz Castro, prendra 43 années de prison. Sa peine sera rejugée à 23 avant qu’il ne sorte finalement en 2005 pour bonne conduite ! Les deux autres agresseurs n’écoperont d’aucune peine. Une justice dégueu à l’image des faits et d’un pays au système corrompu jusqu’à la molle. D’un acte isolé beaucoup ont conclu en un acte prémédité et inductible aux sommes colossales perdues par les parieurs. Bien que rien ne dit que l’assassinat soit vraiment lié aux narcotrafiquants ou aux syndicats de jeu de hasard, Andrés est spontanément devenu un mythe au pays de Pablo. Un symbole pour un pays qui veut se repêcher d’une image noire, qui s’autodétruit des crimes des cartels. On dit que le jour de son enterrement 120 000 personnes sont descendues dans les rues de Medellín. La plupart ne connaissaient pas Andrés, mais toutes admiraient certainement El Caballero.   

M.P


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