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De tous les managers légendaires qui dominèrent la terre d’Angleterre, il en existe un au dessus des autres dans l’Histoire. Brian Clough. Mais Cloughie n’est pas seulement le plus grand de tous. Il est le plus fascinant, le plus inimitable, le plus anticonformiste. Les anglais appellent ce genre d’hommes et d’histoires… larger-than-life
Boxing Day ‘62. Carrefour de vie. Botte du destin. Clough se brise la jambe après avoir scoré 204 billes en 222 matchs avec ‘Boro puis rejoint Sunderland. Oui mais voilà, Brian Clough ne croit pas dans le destin. Pas plus qu’en la chance ou en Dieu. Il croit en lui : Brian Howard Clough. Devenu manager à 30 bougies. Par la force des choses. Devenu Cloughie. Par talent. A Derby. Derby County, pan angulaire d’un chef d’œuvre de manager. Manager au sens d’antan. Celui de Matt Busby. De Bill Shankly. Celui romanesque où un manager inconnu ralliait une ville en sommeil et un club moribond pour en faire le centre de l’échiquier footballistique. On recrutait dans les bas fonds du countryside pour façonner des stars, pour constituer les pièces d’un puzzle et chasser les doutes avant d’obtenir la gloire.
Comme Shankly à Liverpool, Cloughie connut ça à Derby. Devenir une idole en partant de rien. A Derby, Clough créa ses boys, son football. Obsédé. Par le futur. Par lui. Cloughie, assez barré pour rouler toute une nuit ou dormir en caleçon dans le living-room d’un joueur pour le signer. Qui recevait les agents avec une raquette de squash. Répétait chroniquement « Do you know who I am? ». Signer un joueur est alors un pari. Un feeling. Clough y est plus fort. Et à Derby, il fait ce qu’il veut. Sam Longson signe les chèques exorbitants de transfert. Avec comme seule certitude l’arrogance d’un homme à l’égo surdimensionné. Omnipotent. Insolent. Mais au final Clough mènera Derby des abimes de la D2 au titre de champion en 1972. Vaincra Leeds United.
Oui, Leeds. Dirty Leeds. Don Revie. Son obsession. Eux qu’un pays magnifie pour une décennie de domination. Sauf Clough. Pour Cloughie, Leeds incarne tout ce qu’il déteste dans le foot. Les coups bas. La tricherie. Le rudimentaire kick n’ rush qu’il réfute comme une fatalité : « Si Dieu avait voulu qu'on joue au football dans les nuages, il aurait mis du gazon là-haut ». Anticonformiste. Manichéen. Clough persuadé lui de faire jouer un football d’entertainment proche du Brésil. Mais black-listé. Par un establishment qu’il traite de partialité. Qu’il exaspère. Par son comportement séditieux. Par son goût immodéré de la controverse. Par ses innombrables apparitions TV. Pour tout ça, Clough ne sera jamais sélectionneur national.
Le poste d’une vie. Le regret aussi. Cloughie, le plus grand manager que l’équipe d’Angleterre n’a jamais eu. On lui préférera… Don Revie. Réponse d’égo. Choix déraisonné. Clough quitte Derby en 1974 pour… Leeds. L’histoire à ronfler debout durera 44 jours. David Peace en tirera un roman passionnant. Que Tom Hooper adaptera à l’écran. Leeds, exemple d’un homme qui a besoin de toutes les attentions. Qui veut être le meilleur, même avec les plus bad. Mais Leeds ne sera jamais son clean Derby. Loin de ses boys et des fans qui l’adulent. Loin d’un board qui le laissait tout contrôler. Loin de sa famille et de Peter Taylor, son adjoint, son seul ami depuis ‘Boro, qu’il appelle désespéré en pleine nuit. Clough noie ses doutes, et les défaites, dans son addiction à l’alcool.
Mais la première star du banc était de la classe des héros qui gagnent. Clough va rebondir à Forest dès 1975. Champion d’Angleterre encore, puis… double vainqueur de la Coupe d’Europe. Clough était capable de tirer le meilleur de ses joueurs. Par son charisme. Pas ses méthodes atypiques, lui qui faisait l’entrainement sur un rond-point de Malaga ou qui envoyait ses joueurs avec les mineurs du coin. Mais Cloughie était aussi ultra populaire pour être un man of the people, généreux, lui qui envoyait les places aux gens du peuple. Pour ses blagues potaches et son naturel. Comme quand il vînt saluer Elton John totalement nu à l’hôtel. Comme quand il chantait Sinatra à ses joueurs. Clough était un manager d’exception dans tous les sens du terme.
Et seul lui pourrait donner le mot de la fin de son histoire : « Je ne dirais pas que j'étais le meilleur dans ce métier, mais je ne vois personne au-dessus de moi ».
M.P
Commentaires
le « Si Dieu avait voulu qu'on joue au football dans les nuages, il aurait mis du gazon là-haut » de B.C reste grandiose..
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