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C’est bien connu : les british ne font rien comme les autres. A l’heure où les championnats européens ont pris leurs congés pour les fêtes de fin d’année, les britanniques continuent eux de jouer au football. Trois matchs en moins de dix jours. Tradition oblige, pas de trêve hivernale outre-manche et match le lendemain de Noël. Car le 26 Décembre est un jour férié plus que particulier au Royaume-Uni.
Le calendrier footballistico-hivernal est un sujet de débat récurrent outre-manche. Nombre d’entraîneurs, surtout étrangers, ont longtemps milités pour que le foot anglais fasse un break à Noël. Plus pragmatique que traditionnaliste, Arsène Wenger est monté au créneau, depuis son arrivée au pays, contre cette absence de trêve hivernale en Premier League en prétextant que les clubs anglais étaient « désavantagés sur la scène européenne en deuxième partie de saison ». L’histoire lui donnerait tord. Mais difficile pour un frenchie de comprendre ce qu’est véritablement le Boxing Day.
Mais Wenger n’est pas seul : Houiller et même Sir Ferguson ont relayé son discours. Sven Goran Erikson, au temps où il manageait encore la sélection nationale, a même tenté d’expliquer les résultats calamiteux en Coupes du Monde et aux Euros par un manque de fraîcheur en fin de saison. Faut dire que quand les footballeurs européens sont pénards avec leur famille devant la cheminée et en profitent pour se reposer avant de rempiler pour cinq mois de compét, les équipes britanniques enchainent elles les matchs. Pas idéal ni pour manger le chapon en famille ni pour recharger les batteries. Le métier de footballeur a aussi ses lots de galères.
Alors, depuis quelques années, la Premier League a décidé d’enfiler ses pantoufles en hiver : les deux premières semaines de la nouvelle année sont synonymes de trêve. Mais pas à Noël car on ne déroge pas à la tradition comme çà. Game Day les 20, 21, 22, 23, 28, 29, 30 Décembre 2008. Et le 26, of course. Journée complète avec dix matchs en une même après-midi et que des stades pleins, sold out.
Au cœur de la tradition
Petit cours d’histoire. Le « Boxing Day » n’est pas la propriété exclusive des british. La tradition du Boxing Day existe au Canada, au Québec, en Australie, en Nouvelle-Zélande ou dans la plupart des autres pays du Commonwealth. Au Québec, Boxing Day désigne les congés que les employeurs accordent à leur personnel le lendemain de Noël ou le premier jour ouvrable après cette fête. Pas besoin de chercher midi à 14h, en français cela désigne l’Après-Noël ou le Lendemain de Noël.
Le Boxing Day c’est aussi et surtout le jour des soldes de l’Après-Noël. Une tradition bien ancrée, notamment au Canada : des milliers de consommateurs se précipitent ce jour-là dans les magasins à la recherche des bonnes affaires. Depuis deux décennies, le phénomène commercial a pris de l’ampleur. Dans ces pays et aux Etats-Unis, le 26 lancent une période de plusieurs jours durant lesquels les grands magasins profitent de l’aubaine pour écouler massivement les stocks.
Ce jour est devenu officiel au XIXè siècle en Grande-Bretagne. Explication la plus répandue du nom, Boxing Day viendrait du fait que le 26 Décembre, les domestiques britanniques pouvaient ouvrir les présents donnés par leurs maîtres dans des boîtes, ou « boxes » en anglais. Bien entendu, aujourd’hui les cadeaux ne sont plus offerts dans des boîtes moyenâgeuses et la plupart des gens sont libres de fêter le 25 en famille, mais la tradition perdure y compris dans le foot.
Game Day
Vu l’importance du football outre-manche, il n’est pas étonnant de constater que les matchs le lendemain de Noël existent depuis qu’existe ce sport. Ou presque. Une dizaine d’années après la naissance de la League (1888), le 26 Décembre devient une date incontournable du calendrier footballistique en Grande-Bretagne. Les stades sont pleins. En période de Noël, les gens viennent au stade en famille dans la joie et la bonne humeur. Alors les dirigeants saisissent vite l’intérêt financier de multiplier les matchs à cette période. A partir de 1908, on commence à jouer deux matchs en deux jours : les 25 et 26 décembre. Certaines années, le programme passe à trois comme au sortir de la Première Guerre Mondiale. Pour faire un maximum de profits et pimenter les rencontres, on n’hésite pas à programmer des matchs aller-retour entre les mêmes clubs et, dès que possible, des derbys. On touche là à la double nature du football anglais qui mêle business et ferveur populaire. Les deux y trouvent leur intérêt et leur place.
Le terrain dans tout çà ? Boxing Day est aussi source d’angoisse pour certains. Si rien n’est dit sur le futur Champion, la règle veut que le dernier du championnat au soir du 26 fasse systématiquement parti des relégués en fin de saison. Seul West Bromwich Albion, lors de la saison 2003/2004, s’est sorti de cette malédiction dans toute l’histoire de la League. Une exception qui confirme la règle et de quoi donner quelques sueurs froides avant l’heure aux fans des clubs concernés.
Depuis quelques années, les conservateurs du football britannique ont concédé à quelques aménagements à la tradition. Le calendrier fait donc désormais place à une trêve hivernale après une fin d’année surchargée. Même Boxing Day s’est quelque peu mis aux goûts du jour. Dans le passé on jouait les dix matchs le même jour et à la même heure, dans la plus pure tradition. Désormais, les matchs sont échelonnés tout au long de l’après-midi (ou sur deux jours selon les années) pour des raisons de diffusions et de droits TV. Une question de gros sous là encore…
M.P.