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L’histoire va s’accélérer dès la saison 63/64, avec l’arrivée de Peter Thompson et l’éclosion d’un gamin nommé Ian Callaghan. Signe symbolique, une victoire sur le champion Everton (2-1), avec un doublé de Callaghan, lance Liverpool dans des séries de victoires à répétition. Malgré 4 matchs perdus dans les 9 premières journées, Liverpool devient champion. Hunt finit meilleur buteur avec 31 réalisations, St. John 21.
Dans la foulée en 64/65, Liverpool remporte la FA Cup pour la première fois de son histoire. En quart, Hunt bat Banks sur la fin. Puis, en demie, un penalty de Willie Stevenson à dix minutes de la fin envoie LFC à Londres. On May Day 65, St. John arrache, au fin fond de l’overtime, la FA Cup après 73 ans d’attente. A Wembley, le monde entier réalise la puissance du Kop : jamais de telles scènes de célébrations n’avaient eu lieu dans un stade anglais et dans la capitale. Au retour à Liverpool, 50,000 fans attendent à la gare et ¼ de millions massent les rues de la ville. Le statut du Liverpool FC a changé et la suprématie d’Everton sur le foot anglais vient de prendre fin. Celui que le Kop chante « Shank-lee, Shank-lee… » est un Dieu vivant. Et la ville de Liverpool est au centre du monde. Ses clubs dominent le Royaume. La Beatlemania ne fait que commencer et porte dans son sillage toute une culture (musiciens, poètes…).
King of the Kop
Une nouvelle obsession va désormais guetter Shankly : l’Europe. Autrefois réfractaire au jeu continental, qu’il a toujours considéré comme laid et brouillon, Shankly va faire de la Coupe d’Europe – qu’aucun club anglais n’a alors gagné – son obsession suprême. Cette année là, Liverpool élimine Cologne en quart de Coupe d’Europe. A Anfield, sous une tempête de neige, 25,000 Kopites envahissent la pelouse pour une bataille de boule de neige dans une soirée mémorable. Match nul après deux rounds. Le troisième match à Rotterdam accouche d’un nul 2-2. Scène surréaliste : la décision se joue à la pièce, les penalties n’existant pas alors. Après un premier essai sur la tranche, le sort désigne les Reds dans la fraicheur de la nuit.
Liverpool vient de gagner la FA Cup quand l’épouvantail Inter Milan pointe son museau à Anfield. Pendant des jours durant, Shankly martèle à ses joueurs que l’Inter n’est rien. Dans les couloirs d’Anfield, il prévient Herrera que jamais ce qu’il n’a connu auparavant n’a d’égal avec ce qu’il verra ce soir. Shankly manœuvre pour faire entrer les italiens les premiers sur le pré puis fait sortir ses joueurs avec la FA Cup. Le Kop devient hystérique, pour ce qui sera, de dires de Kopites, « sa plus grande performance de tous les temps ». Herrera avouera plus tard que ses joueurs furent submergés par le bruit et défait comme jamais. Dans la folie du Kop, l’Inter craque 3-1. Malheureusement, au retour, Liverpool s’écroule 3-0 devant 90,000 tifosi galvanisés toute la semaine par une campagne de presse anti-Shankly. Partie remise…
Un messie élevé au rang d’icône
Rebelote en 67. Liverpool remporte le championnat. Mais perd la Coupe d’Europe en finale dans une journée de tempête maudite à Glasgow, contre le Borussia Dortmund. Il faudra attendre 1973 à Shankly pour remporter une Coupe d’Europe : l’UEFA (d’un autre calibre qu’aujourd’hui). Exit les St John, Yeats et Lawrence. Les nouveaux héros s’appellent Steve Heighway, Larry Lloyd, Ray Clemence. Et un génie de gamin nommé Kevin Keegan. Avec eux, Liverpool devient le premier club anglais à faire le doublé Championnat-Coupe d’Europe en battant le Borussia Mönchengladbach dans la souffrance (3-0, 0-2).
En 74, Shankly remporte une dernière FA Cup contre Newcastle (3-0). Les finales à Wembley ont toujours été la preuve de sa générosité envers les Kopites. Des milliers d’inconditionnels restaient sans billet. Dès qu’il en avait l’occasion, Shankly se débrouillait toujours pour faire passer quelques places à ceux qui lui demandaient et qui fréquentaient assidument le Kop. Il préférait donner ce plaisir à des vrais Kopites plutôt qu’à d’autres. Mais cet amour devînt trop lourd. A 61 ans, Shankly était devenu un Dieu vivant. Chaque soir, on venait taper à sa porte pour un remerciement ou un autographe, auxquels il se pliait toujours respectueusement. Dans la rue, il n’était pas rare que les jeunes lui embrassent les pieds. Après 14 ans passés à Anfield, il était perçu comme un « miracle-maker ». Le football aussi avait changé et, lui, n’appartenait plus à ce monde. Les joueurs vivaient dans des maisons à piscine et courts de tennis, les managers roulaient en voitures de luxe et percevaient des salaires exorbitants. Tout cela, et sa vie de famille, le poussent à se retirer. Il ne comblera jamais le vide laissé dans sa vie par l’absence du foot.
Shankly décèdera en 1981, laissant orphelin toute une ville. Sa famille. Il était un homme du peuple. Un Kopite. Adopté et adoré par ses frères parce qu’il désirait plus que n’importe qui que son club gagne. A des années lumières des managers et du tout-business moderne. Shankly était un fanatique du jeu, ce jeu même qu’il domina pendant des années. Avec lui, c’est la page du football d’autrefois qui s’est refermée à jamais. C’est le foot des sixties, où la loyauté n’avait pas d’égal et une poignée de main suffisait à honorer un contrat. Avant que les agents et les gros billets des transferts de la décennie suivante ne changent son âme. Bill Shankly appartient à jamais à ce football et à cette ville qui étaient sa raison de vivre. Les anglais appellent cela une « larger-than-life story »…
M.P.