La Légende du Lundi
Lundi, 07 Novembre 2011 04:19 -

Tags: bariolé | excentrique | Gardien | jorge campos | légende du lundi | Mexique

 

Amis du lundi bonjour,


La légende du lundi a pour mission de retrouver des joueurs hors du commun trop souvent éclipsé dans nos mémoires par de vulgaires ballons d’or et autres capitaines soulevant des coupes du monde. Faisons voler la poussière et retournons dans les années 90.


Cette semaine, la légende est encore un gardien mais nous vient cette fois si de l’autre coté de l’Atlantique. On ne s’improvise pas gardien, même les joueurs les plus polyvalents de la planète ne prennent jamais les gants pour dépanner les blessures simultanées des gardiens du groupe, et on puisera dans les équipes de jeunes. Il faut une dose de mental voire de folie pour supporter la pression et être performant au haut niveau.


En Amérique latine, les attaquants sont rois et les gardiens sont forcément des OVNI. L’homme que vous voyez sur la photo n’est pas le champion du monde du mauvais goût dans la catégorie « association douteuse de couleurs » qui célèbre son titre mais Jorge Campos, le légendaire gardien mexicain.


Jorge Campos Navarrete  né le 15 octobre 1966 à Acapulco, est l'un des footballeurs mexicains les plus remarqués des années 1990. Son parcours est tout simplement unique. Il est repéré en 1983 par l'entraîneur des Pumas de l'Université nationale autonome de Mexico qui fut ensuite entraîneur de la sélection nationale, Miguel Mejia Baron. Il fera ses débuts internationaux en 1989 et marquera son premier but… et oui car il débuta sa carrière comme attaquant. Lors de la saison 1989-90, il marquera 14 fois, devenant meilleur buteur de son club.


Ce n’est pas devant que la gloire l’attend mais bien dans les cages avec une paires de gants. Chez les Pumas, Campos jouait alors soit gardien de but, soit attaquant, puis  au début des années 90, il se stabilise en choisissant de se concentrer sur le poste de gardien de but. Son mètre 75 - qui en faisait le plus petit gardien des coupes du monde 94 et 98 - et ses 69 kilos ne le destinaient pas à garder les poteaux mais sa vivacité et sa détente impressionnantes en font un virtuose.


Sa réussite est remarquable : il devient le gardien titulaire de la sélection mexicaine et sera élu de 1991 à 1995 meilleur gardien du Mexique. Dans les cages, il transgresse toutes les lois du genre. Il arbore des tenues excentriques, fluorescentes, à damiers verts, jaunes, violets ou roses, inspirées de la mode « surf » d'Acapulco. Une collection entièrement dessinée par lui-même…. aaaah quand même c’est rassurant de voir que ce n’était pas l’œuvre d’un professionnel.


Son passage aux cages de la sélection donnera aussitôt à l'équipe un jeu plus offensif. Il n'aime pas rester entre les poteaux et sort volontiers jusqu'au milieu du terrain, ultime défenseur d'une équipe en attaque. « Je sais qu'un jour quelqu'un va me marquer un but de loin, mais cela ne me fera pas changer de style », assure un Jorge Campos qui « adore le risque ». Lorsqu'il lui faut arrêter un tir, il va à la rencontre du ballon, affronte son adversaire au jeu de pied, joue le ballon et, finalement, le saisit des deux mains dans la foulée de l'adversaire.


Il invente, il feint, il joue à l'impulsion. Le jeu de Campos est imprévisible pour celui qui lui fait face. Pour l'écrivain Roberto Pliego, son football a même quelque chose de commun avec le jeu des vagues… Oui d’accord !! Faut faire tourner Roberto, ça à l’air sympa ton truc. Atout majeur de la sélection mexicaine pour la World Cup 1994, qui affrontait au premier tour la Norvège, l’Irlande et l’Italie, Campos devient célèbre dans le monde entier grâce à son talent, ses tenues mais également pour avoir posé à la FIFA un problème sans précédent.


La « Fédération international de pot du pot de vin et de la belle vie de luxe au frais de la princesse » , à l’époque dirigée par le Brésilien Joao Havelange, décida que Campos ne pourrait pas changer de poste à l’occasion de cette World Cup 1994. L’instance de Zurich se basait sur le règlement officiel de la Coupe du Monde. Sur la liste de 22 (le passage à 23 ne sera effectif qu’en 2002), chaque pays doit sélectionner 3 gardiens de but. Le numéro 1 (celui que Campos portait en 1994) est strictement réservé à un des trois gardiens du but. Les deux autres gardiens peuvent choisir librement leur numéro entre 2 et 22 (23 désormais).


Le sélectionneur mexicain fut dépité, regrettant doublement la décision des technocrates de Zurich car l’équipe du Mexique était privée d’un atout offensif majeur et que le public ne pourrait admirer le spectacle exceptionnel offert par Campos, attaquant de talent à ses heures perdues ou plutôt pompier urgentiste spécialisé en « merde il reste 5 minutes on est mené, à l’abordage !!!! ». En effet, la FIFA ne voulait pas voir Campos jouer attaquant, même quelques minutes, car le nombre de gardiens présent dans la sélection de 22 passerait alors de 3 à 2... Ça va, vous suivez ?


Mais le scandale, du côté de la FIFA, réside surtout dans le fait que rien n’interdisait formellement, au regard de la loi numéro 3, Jorge Campos de jouer gardien de but puis attaquant, même en cours de partie. Voici l’extrait de la loi numéro 3, soumise à l’autorité de l’International Board des aigris du foot qui ont décidé que c’était leur ballon et qu’il ne le prêterait pas.


Chacun des joueurs de champ peut remplacer le gardien de but pourvu que:

- l’arbitre soit préalablement informé du remplacement envisagé,

- le remplacement s’effectue pendant un arrêt du jeu.


L’International Board est l’héritière des règles édictées en 1848 à Cambridge par une bande de copain autour d’une bonne pinte. Ces codes du jeu sont les 17 commandements du football. Sorte de gardien du temple, l’IFAB (International Football Association Board) se réunit deux fois par an, en février-mars puis en septembre-octobre. Souvent accusé de conservatisme abusif par ses détracteurs, le Board est composé d’une majorité de membres britanniques.


En 2002, l’International Board souleva une autre polémique, rejetant la demande du Cameroun de jouer avec un maillot sans manches. Cette décision a conduit à l’interdiction prononcée par la FIFA lors du Mondial organisé au Japon et en Corée du Sud, au grand dam des Lions Indomptables et de leur équipementier Puma. Les détracteurs du Board insistent aussi sur le manque de représentativité des autres continents. L’Europe, en particulier l’Angleterre, se taille la part du lion à l’IFAB, du haut de sa tour d’ivoire, un peu comme les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, France, Chine et Royaume-Uni), qui disposent d’un droit de veto, de plus en plus contesté par d’autres puissances géopolitiques (Inde, Allemagne, Brésil, Japon, Pakistan, Iran...). Ben vous voyez vous allez vous coucher moins con.


En Angleterre, c’est bien connu, tout ce qui n’est pas interdit est autorisé, ce qui a d’ailleurs fait l’objet d’une célèbre citation humoristique de Sir Winston Churchill « En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. En U.R.S.S., tout est interdit, même ce qui est permis ». Il ne faut jamais manquer une occasion de cité ce bon Winston.


Puisque passer de gardien à attaquant n’est pas explicitement interdit (la preuve, Jorge Campos put recourir à cette pratique lors de compétitions nationales au Mexique), c’est donc que c’est autorisé. Le Mexique comptait certainement là-dessus, sur cette faille du règlement, pour profiter de la polyvalence unique de Jorge Campos.  Pour disposer de Jorge Campos offensivement, sans prendre des risques inutiles en faisant de lui un véritable gardien volant, il aurait suffi que Miguel Mejia Baron, procède à un double changement ... Jorge Campos sortant pour être remplacé par un des deux gardiens suppléants ... le même Campos rentrant en lieu et place d’un attaquant. Facile non ?


Campos finira sa carrière avec 130 sélections internationales, deux participations à la coupe du monde (1994 et 1998), une victoire en  Coupe des Confédérations en 1999, un championnat Concacaf , une Coupe des champions Concacaf, une Coupe des USA, une finale de la Copa America et 35 buts marqués. Il a également obtenu 2 sélections en équipe FIFA, en 1996 et 1999. Il restera surtout dans l’histoire du foot comme le seul joueur professionnel a avoir commencé sa carrière internationale comme avant centre pour de la finir gardien de but.


À lundi prochain...


PL

 

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir