Xavi "Je suis un romantique"
Jeudi, 17 Février 2011 17:56 -

Tags: Barcelone | Xavi

 

La semaine passée, Xavi s’est confié en longueur au quotien britannique The Guardian. Il évoque avec fierté l’identité du jeu de son Barça et nous en explique les rouages. On était alors à quelques jours de la confrontation avec Arsenal. Just Enjoy…


Beaucoup ont décrit la victoire 5-0 contre le Real en novembre dernier comme la plus grande performance de tous les temps. Même Wayne Rooney a admis qu’il s’était levé dans son salon et qu’il s’était mis à applaudir.


(Le visage de Xavi s’illumine) Ha oui ? Sérieux ? Rooney a dit ça ? Ca me rend fier. Rooney whooo ! Il est extraordinaire, il pourrait jouer pour Barcelone. Mais attendez, n’allez pas titrer « Xavi veut que Rooney rejoigne le Barça ». Ce que je veux dire, c’est qu’il correspond au genre de joueur capable de s’entendre avec nous sur le terrain. Mais oui, c’est vrai que ce match contre Madrid était magnifique, le meilleur que j’ai joué. Notre sentiment de supériorité était incroyable. Et en plus c’était contre le Real.  Ils ne touchaient pas la balle. Madre mia, quel match ! Dans le vestiaire, on s’est accordé une standing ovation pour cette démonstration.


Vous faites référence à la possession de balle du Barca. Il est tentant de penser qu’on n’a jamais vu d’autres équipes avoir une identité de jeu, pour le meilleur comme pour le pire, aussi claire et aussi définie que celle du Barça et de la sélection espagnole.


C’est bien que le point de référence pour le monde du football soit devenu le jeu du Barça et de la sélection espagnole. Pas parce que c’est le nôtre mais en raison de ce que ça représente. Parce que c’est du football offensif. Rien n’est laissé au hasard, on n’attend pas l’erreur de l’adversaire. Tu fais le pressing, tu veux la possession, tu veux attaquer. Certaines équipes ne savent pas ou ne veulent pas se faire de passes Pourquoi jouent elles? Quel est l’objectif ? Ce n’est pas du foot. Combiner, faire des passes, jouer,  ça c’est du football. Pour moi en tout cas. Pour des coachs comme je ne sais pas, Javier Clemente ou Fabio Capello, il y a une autre manière de jouer au foot. Mais c’est bien que le style de Barcelone soit désormais le modèle et pas le leur.


Mais certains avancent que l’Espagne était ennuyeuse durant la Coupe du Monde. Vous ne faisiez que gagner 1 à 0 à chaque fois.


C’est le monde à l’envers. Ce n’est pas nous qui étions ennuyeux. Ce sont les autres équipes qui l’étaient. Qu’est ce que les Pays-Bas attendaient ? Les penalties. Ou un contre de Robben. Bien sûr que nous étions ennuyeux mais c’est l’opposition qui nous rendait ainsi.  Le Paraguay ? Qu’est ce qu’ils ont fait ? Construire un système défensif spectaculaire et espérer une occaz’ via de longs ballons désespérés.


Alors, quelle est la solution ?


Pensez vite, chercher les espaces. C’est ce je fais: chercher les espaces. Toute la journée. Je suis toujours en train d’en chercher. Toute la journée. Toute la journée ! (Xavi commence à feinter de chercher un partenaire autour de lui). Ici ? Non. La-bas ? Non. Les gens qui n’ont pas joué au football ne réaliseront jamais à quel point c’est difficile. Espace, Espace, Espace. C’est comme être à la playstation. Je me dis « Merde, le défenseur est ici, joue la ici
». Je vois l’espace et je passe la balle. C’est mon rôle.


Ce système est au cœur du modèle barcelonais et est inculqué partout dans le club, non ? Quand vous battez le Real Madrid, 8 des 11 titulaires sont des produits de la formation barcelonaise, et les 3 premiers au Ballon d’or le sont également.


Certains centres de formation pensent avant tout à gagner. Nous, nous soucions de la formation. Vous voyez un gamin avec la tête levée, qui joue en une touche de balle et vous vous dites « Ouai, il fera l’affaire ». Alors vous l’accueillez, et vous le coachez. Notre modèle a été imposé par Cruyff, c’est le modèle de l’Ajax. Tout est à base de taureau. Taureau, taureau, taureau !  Tous – Les – Jours ! C’est le meilleur exercice. Vous comprenez la responsabilité d’avoir la balle, et vous apprenez à ne pas la perdre. Si vous la perdez, vous allez au milieu. Pum, pum, pum, pum. Toujours en une touche. Si vous allez au milieu, c’est humiliant : les autres applaudissent et se moquent de vous.


Votre partenaire au Barca Dani Alves dit que vous ne jouez pas au gré des appels de balle. Vous les provoquez en obligeant vos partenaires à bouger vers une zone libre du terrain. « Xavi, dit-il, joue dans le futur ».


Ils rendent ça facile. Mon football, c’est le jeu de passe, mais wahou, si vous jouez avec Dani, Iniesta, Pedro, Villa… Il y a tellement d’options. Parfois, je me dis même : « Mec, untel ou untel va être contrarié parce j’ai fais trois passes et je ne lui ai pas encore donné le ballon » ou « Je ferais mieux de donner la prochaine à Dani parce qu’il vient de se taper trois sprints sur l’aile ». Ou quand Léo n’est pas impliqué dans une action, il semble comme contrarié alors la passe suivante est pour lui.


Vous parlez du style plutôt que des victoires mais non seulement cela va ensemble, mais ça doit aller ensemble, n’est-ce pas ? Arsenal joue un super football, et Arsène Wenger est immensément respecté, mais ils n’ont rien gagné depuis des années. Est ce que ça pourrait arriver à Barcelone ?


Presque impossible. Si tu as deux ans sans titre, tout doit changer. Mais vous changez de noms, pas d’identité. La philosophie ne peut pas se perdre. Nos supporters ne comprendraient pas une équipe qui reste derrière et joue le contre. Malheureusement, les gens ne jugent une équipe qu’à travers ses résultats. Mais maintenant, nos succès ont validé notre approche. Je suis content parce, de mon point de vue égoïste,  il y a 6 ans, j’étais fini. Les footballeurs comme moi étaient en danger, en voie d’extinction. C’était uniquement des mecs puissants de 2 mètres, forts de la tête, forts dans les duels… mais désormais des équipes comme Arsenal ou Villareal jouent comme nous.


Vous voyez-vous comme un idéologue, le défenseur de votre foi ?


C’est ça ou mourir : je suis un romantique. J’aime le fait que désormais le talent, les capacités techniques soient mieux estimés que la force physique. Je suis ravi que ce soit devenu une priorité : Si ça ne l’était pas, il n’y aurait pas le même spectacle. On joue au football pour gagner mais notre satisfaction est double. D’autres équipes gagnent et sont heureuses, mais ce n’est pas pareil. Il leur manque une identité. Le résultat ment souvent en football. Tu peux faire tout très, très bien et ne pas gagner (L’année dernière, nous étions meilleurs que l’Inter de Milan par exemple). Mais il y a quelque chose de plus grandiose que le résultat, quelque chose de plus durable. Un héritage. L’Inter a gagné la Champions League mais plus personne ne parle d’eux. Moi, les gens m’ont découvert à l’Euro 2008, mais j’ai toujours joué de la même façon. Même si c’est vrai que j’ai gagné en confiance et en tranquillité grâce à nos derniers grands succès.


Cliquez sur suivant pour lire la suite



 

Commentaires  

 
+2 #6 Will 04-04-2011 04:55
Je l'avais lu en anglais mais là en Français: un régal!!!! Merci
Citer
 
 
+2 #5 Melissandre 18-02-2011 13:25
Génial.. Il a un peu le boulard mais qu'il est fort!
Citer
 
 
+4 #4 Patxi 18-02-2011 04:58
Super article Tom!
Citer
 
 
+2 #3 Fluck 18-02-2011 00:33
Grand ce Xavi!
Citer
 
 
+2 #2 Perpignanais 17-02-2011 23:27
Absolument génial. Merci les gars. J'adore Xavi!!!!
Citer
 
 
+3 #1 FMB 17-02-2011 22:56
Un pur régal, excellente traduction :)
Citer
 

Ajouter un Commentaire

Code de sécurité
Rafraîchir