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Bienvenido à la Bombonera

L’Argentine, c’est cool. C’est un beau pays tout ça tout ça. Mais on ne s’est pas tapé 14 heures d’avion pour voir du paysage hein. Non si on est venu jusqu’ici, c’était bien entendu pour voir un match de Boca Juniors La Bombonera. Voilà on peut mourir tranquille. Mais avant, il faut qu’on vous raconte ça.

Première étape importante avant le match : arriver à trouver une place. Il parait que c’est plus simple pour entrer. On vous voit venir : « ils sont débiles ou quoi ? Ils vont à la billetterie et c’est réglé. ». Figurez-vous qu’on y a pensé. Mais ici, la billetterie ne vend pas de billets. Oui c’est un concept étrange. Les billets sont réservés aux socios. Seul problème, le Club Atlético Boca Juniors (CABJ) compte 139 323 socios officiels alors que la Bombonera ne peut accueillir que 49 000 personnes. Mathématiquement, ça ne passe pas. Mais bon tout s’achète dans ce bas-monde. On paye un peu cher mais voir un match à la Bombonera, ça n’a pas de prix. Pour le reste, on a Eurocard Mastercard.

Un peu d’Histoire bande d’incultes
Avant de vous parler foot, on se doit de vous parler d’histoire. Désolé mais on va essayer d’être moins chiant que votre prof de 5èmeB. L’histoire du Club Atlético Boca Juniors est indissociable de celle du quartier du même nom (la Boca) et de l’histoire du pays. Au début du XXème siècle, des milliers d’immigrants italiens et espagnols débarquent en Argentine. Lorsqu’ils arrivent en terre promise, ces migrants débarquent dans… le port du quartier de la Boca. Parmi eux, 6 adolescents d’origine génoises qui fonderont le 3 avril 1905 le club. D’où le surnom du club : Los Xeneizes.
On ne vous apprendra rien en vous rappelant que le club joue en bleu et jaune. Mais on le fait quand même pour les quelques femmes qui nous lisent. Oui c’est une blague misogyne. En revanche, on vous apprendra surement quelque chose en vous disant que le club a d’abord joué en rose puis en blanc & bleu. Seul problème, une autre équipe locale, le Nottingham d’Almagro, avait une camiseta identique. Fasciné par le drapeau de la Suède vu sur un bateau accostant dans le port de la Boca, Juan Brichetto, premier président du club, décide de faire jouer son équipe en bleu et jaune. L’avantage d’être le boss dans la vie, c’est qu’on fait ce qu’on veut. Les couleurs ici sont sacrés. À tel point que Coca-Cola, la petite marque de soda américaine, a dû accepter en 2004 de changer les couleurs de son logo, jugé un peu trop rouge (donc un peu trop River Plate), pour s’afficher comme sponsor du club : le capitalisme n’emportera pas son passage les couleurs de Boca !

Aca no se desciende
Le club est devenu professionnel en 1913 et est à ce jour le seul club à ne jamais avoir quitté la première division Argentine. La grande fierté des hinchas de Boca. C’est d’ailleurs écrit en grand lorsqu’on arrive devant la Bombonera : « Bienvenido a la Bombonera. Aca no se desciende ». Ici, on ne descend pas en seconde division. Petite pique aux copains de River Plate, qui ont connu la 2ème division il y a quelques années. Sinon, Boca est le club le plus titré d’Argentine (31 championnats quand même) et le 3ème club le plus titrés du monde avec 18 titres internationaux (derrière le Barça et… les égyptiens d’ Al Ahly). Ah oui Boca est aussi le club préféré de 42% des argentins mais plus encore de 48% des « pauvres ». Oui Boca est le club du peuple. Et déteste la bourgeoisie de River Plate : « No somos como los putos de River ».
L’idole ici n’est pas du tout Diego Maradona. Le Pibe de Oro n’est pas resté assez longtemps pour marquer les socios, pour qui la notion de fidélité fait du sens. Non les idoles absolues s’appellent Carlos Bianchi (pour les plus âgés), Martin Palermo (pour les plus fous) et Jean Romain Riquelme. Surtout Jean Romain d’ailleurs. Un socio me glisse d’ailleurs cette phrase délicieuse : « Tu connais Iniesta ? Riquelme lui a appris à jouer au foot à Barcelone ». À vérifier quand même. Mais bon cela vous situe le niveau d’idolâtrerie du peuple de Boca pour Riquelme.

La doce
Il nous reste à vous présenter des fous. Les fous en question, ce sont les mecs de « La Doce ». « La Doce » est le nom de la tribune où se réunissent les hinchas de Boca les soirs de match. « La Doce » car ils entrent dans la tribune par la porte 12 du stade. Et parce qu’ils sont le 12ème homme. Mais le mieux est de vous les présenter en chanson. On espère que vous avez fait LV2 espagnol : « Yo no soy como esos que se quedan en casa escuchando la radio para ver lo que pasa, yo soy hincha de boca y no me cabe ninguna, si me andan buscando yo estoy en la tribuna, estoy en la tribuna ». En gros, ces gens-là ne sont pas le genre de mecs qui restent chez eux à écouter un match tranquillement à la radio. Ils sont debouts dans la tribune. Effectivement, les mecs sont plutôt excités. Honnêtement, on n’a jamais vu ça autre part. L’entrée des joueurs fut un moment de délire complet. Puis, les mecs ont tenu pendant 11min22 (!) leur premier chant. Avec la même intensité. Le tout chorégraphié. Puis ne se sont jamais arrêtés. Pas un sifflet. Jamais.
Le tout un soir de défaite contre une vulgaire équipe de milieu de tableau. Car oui, on a oublié de vous parler du match. Le Club Atlético Talleres, 15ème au classement, est venu s’imposer 2-1 contre Boca, pourtant leader. D’un point de vue footballistique ? En 3 mots, ça joue lentement. Très lentement. On comprend mieux pourquoi Riquelme était comme un poisson dans l’eau ici. On aurait aimé voir Boca l’emporter et la Doce devenir encore plus folle mais ce n’est pas bien grave, on reviendra. Plusieurs fois s’il le faut.

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