Courrier International / Espagne 13.09.13

Le mystérieux Tata Martino

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Le Barça a donc vite repris ses bonnes habitudes avec du beau jeu et des victoires à la pelle. Neymar est bien là. Mais la grande nouveauté, ce n’est pas la Samba dans le vestiaire catalan, c’est bel et bien le remplacement de Tito par Tata. Un mec qui n’a jamais joué ou “entrainé” en Europe. Et pourtant…

Tata, un choix à l’envers de Zubizaretta dira tout un chacun mais surtout un choix bien étrange car inconnu du Canal Football Club. Pourtant vous-mêmes, au fond de votre canapé, devant la coupe du Monde 2010 vous l’avez aperçu un soir de quart de final fou Espagne-Paraguay. Vous l’avez vu. Pas retenu. Faut dire qu’il n’a ni le charisme de Pep Guardiola ni la moustache de Vincente. Mais qui es-tu Gerardo Martino ?

“Tata” Martino est Rosarino et qui mieux que lui-même pour l’expliquer (à un journaliste de El Grafico) :

Être Rosarino c’est le café du lundi matin, parler du clasico (N.D.L.R. : Newell’s vs Rosario Central), le vivre 20 jours avant et 30 jours après, c’est quelque chose qui ne se termine jamais. Et quand on perd le derby, on perd aussi la tranquillité

Rosario, c’est le football en Argentine. Une terre qui a vu naître César Luis Menotti, Diego Armando Maradona, La légende du trinche Carlovich, Marcelo Bielsa, Jorge Valdano, Gabriel Batistuta, Ariel Ortega, Leo Messi et donc Gerardo Martino dit “Tata”.

Tata jouera toute sa carrière numéro 10 au Ñuls longtemps entrainé par un certain Marcelo Bielsa. Déifié par ses supporters, il est alors élu meilleur joueur de l’histoire du club et comparé à un autre 10 bien connu portant le nom de Michel Platini. Dans son club de toujours, Martino perdra deux finales de Libertadores, mais jamais le souvenir de sa collaboration avec Marcelo Bielsa, son plus grand mentor.

On l’aura compris, Tata est un homme de principes qui appartient à cette longue lignée de romantiques dont l’amour infini pour le ballon implique de le chérir, de le caresser et de le conserver sans limites. Une idée du Football que la génération 98 a découverte avec le Barcelone de Guardiola et que Bielsa illustre à merveille. Là où Bielsa joue avec dix numéros 10 défendant jusqu’à la folie sa philosophie du jeu, Guardiola y ajoute un peu de raison pour faire du Barça la machine à gagner que l’on connaissait. Tata se situe un peu entre ces deux hommes qu’il admire.

Il suffit de comparer le match Espagne-Paraguay de 2010 et comparer avec ce qu’on avait vu de la sélection sud-américaine pendant le mondial 98 retranchée en deux lignes de 5 dans ses 30 mètres pour admirer le travail de Gerardo Martino, façonnant des guaranis flamboyants et tout près d’éliminer une Espagne étouffée par le pressing très haut des Guaranis.

C’est aussi ce même homme qui ressuscita Newell’s l’emmenant vers un titre en championnat et une demi-finale de Libertadores malheureuse face au Mineiro de Ronni et Bernard rendant un honneur perdu au football argentin. À la base de cette résurrection : du jeu, encore du pressing et surtout le respect de son institution Newell’s en mélangeant savamment de revenants (Heinze, Maxi Rodriguez) et de jeunes de la cantera.

Bref, pour ceux qui en doute encore, le FC Barcelone n’est pas fou et l’homme qui s’est assis sur le banc est peut-être moins intellectuel qu’un Bielsa et moins charismatique qu’un Guardiola mais il partage avec ceux deux-là une philosophie identique du foot. Et sauf tremblement de terre, il n’y aura pas de révolution au Camp Nou qui verra son 4-3-3 chéri jouer avec le ballon avec toujours la volonté dogmatique de le récupérer dans la seconde où il l’a perdu.

C’est même dans cette gestion du pressing que Tata devra rendre au Barça ce qu’il a un “peu” perdu avec Tito. Il lui faudra en plus intégrer Neymar, faire sans le défenseur tant attendu et enclencher la passation Xavi – Frabregas. Tout un programme mais Tata semble l’homme idoine…

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