Culture foot / Il était une fois le foot 23.08.10

Meazza, centenaire d’un mythe

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Giuseppe Meazza, ce n’est pas qu’un nom de stade. C’est surtout celui d’une des légendes du foot italien qui triomphait pendant la sombre époque de la crise des années 30 et de Mussolini & Co. À l’occasion du 100ème anniversaire de sa naissance, BeFoot revient sur le parcours de Monsieur San Siro.

Giuseppe Meazza est né à Milan, évidemment, la ville de son cœur. C’était le 23 août 1910, il y a cent ans, dans une famille somme toute modeste. Comme la plupart des jeunes footeux, Meazza, qui joue dans des petits clubs de quartier, se perfectionne dans la rue et son petit jeu favori consiste à échanger exclusivement de la tête avec… un mur, sans laisser le ballon retomber. Un des camarades de la future star affirme d’ailleurs que son record était de 886 jongles. Mais Peppino, comme on le surnomme, ne pète pas vraiment la forme. Victime de fièvres chroniques, le gamin devient de plus en plus grassouillet et doit même passer 6 mois à l’hôpital, histoire de réguler sa température. À 13 ans, sa passion devient la course à pied et il obtient des résultats spectaculaires pour son âge lors de compétitions de fond.

Mais le foot le rappelle quand, à 15 ans, un de ses coéquipiers de l’époque le recommande à un dirigeant de l’Inter. Autant dire que l’a priori des recruteurs est très négatif quand ils aperçoivent ce garçon bien en chair. Mais ils changent très vite d’avis après l’avoir vu à l’œuvre et l’enrôlent en échange de repas préparés au club – ce qui rend bien service à la mère de Giuseppe, pas riche et veuve depuis la Première Guerre mondiale. À l’Inter, on commence à être impressionné par le gamin qui jouera avec les pros dès 1927, lors de la préparation d’avant-saison. Ceux qui ne le connaissent pas encore sont sceptiques à l’idée d’inclure le Balilla (du nom de l’organisation de jeunesse qui s’occupait de recueillir les enfants de 8 à 14 ans) dans l’équipe. Mais ses prestations de haut vol (avec notamment un but contre le Milan, lors de son premier derby) l’emmènent jusqu’à une place de titulaire pour la première journée de championnat durant laquelle il inscrit pas moins de trois buts. Mais Meazza a une vraie Mamma à l’italienne. Celle-ci se fiche des 400 lires hebdomadaires que peut bien ramener son fils à la maison, elle s’inquiète pour sa santé et demande, en larmes, à ce qu’on laisse son bébé tranquille. L’entraineur, M. Weisz, fait alors passer des visites au prodige qui ne révèlent aucun souci. La Mamma n’a pas toujours raison.

Giuseppe Meazza reste à l’Inter jusqu’en 1940 en décrochant le Scudetto en 30 et 38, la Coupe d’Italie en 39, et le titre de Capocannoniere en 30, 36 et 38. C’est lui qui invente la technique dite du “but sur invitation” qui consiste à “inviter” le gardien adverse à sortir en se présentant seul face à lui (une fois qu’on a éliminé 3 ou 4 défenseurs, bien sûr) et à lui faire une feinte qui l’envoie aux fraises avant de le contourner et de marquer dans le but vide. Ça n’a l’air de rien mais dans les années 30, c’était révolutionnaire. Peppino a par ailleurs bien grandi. Grand adepte de belles voitures, de brillantine, de cigarettes et des Zahia de l’époque, il est à deux doigts de manquer un match contre la Juve en 1937 quand ses dirigeants devinent où le chercher et le retrouvent endormi dans une maison close, à une heure du coup d’envoi. Finalement, il s’échauffe et se change dans la voiture et marque même les deux buts de la victoire 2-1.

En 40, il passe chez l’ennemi rossonero et il pleure à la signature du contrat. Âgé de 30 ans, il est victime d’une occlusion des vaisseaux sanguins d’un de ses pieds et ce “pied gelé” l’empêche d’enchainer les matchs (14 la première année, 23 la deuxième, pour 9 petits buts au total). En 1942, il file à la Juventus et signe son contrat sur le terrain, pendant un entrainement, « parce qu’on y est plus à l’aise ». Il marque 10 buts en 27 matchs puis va faire un petit tour à l’Atalanta et à Varese, sans les marquer de son empreinte. Sa carrière à l’Inter se termine en 1946, après son retour au club, sur 2 buts en 17 matchs. Son total nerazzurro est impressionnant : 365 matchs pour 247 buts. Giuseppe Meazza devient alors entraineur, notamment à l’Atalanta, au Besiktas ou encore à l’Inter, mais sans grand succès. Il est même sélectionneur de la Nazionale de 1952 à 1953 avant de retourner à l’Inter pour prendre en charge les jeunes du club. C’est lui qui lancera Sandro Mazzola, future star à son tour. À la veille d’un derby contre le Milan dans un tournoi de jeunes, il déclare même à ses joueurs :

Dans ma carrière, je n’ai jamais fait mal à personne, je ne me suis jamais disputé avec personne. Mais j’ai une trace noire sur la conscience : j’ai joué au Milan. Aidez-moi à effacer cette trahison

Mais le Balilla construit également sa légende sous le maillot de l’équipe nationale. Sa première sélection, le 9 septembre 1930 à Rome, est déjà atypique. L’Italie doit affronter la Suisse et son duo d’attaque est habituellement composé de deux joueurs de Naples, Mihalic et Sallustro. Quand Mihalic se blesse, le sélectionneur de l’époque Vittorio Pozzo décide alors de virer Sallustro aussi – idole du Napoli pourtant en pleine santé – au profit de Giuseppe Meazza, conspué le jour du match par les quelque 3000 Napolitains présents au stade. Ça ne l’empêche pas de marquer un doublé à 2-2, de donner la victoire à son pays et de se rendre ainsi incontournable en Nazionale. Il obtient deux titres mondiaux en 1934 et 1938 auxquels il participe pleinement, et devient meilleur buteur de la sélection avec 33 buts en 53 matchs. Dépassé plus tard par Gigi Riva, il déclarera : « Mais lui a joué contre Chypre et la Turquie, moi contre des adversaires plus forts ».

Giuseppe Meazza meurt le 21 août 1979. L’année suivante, le stade San Siro est rebaptisé à son nom mais l’attaquant restera pour toujours beaucoup plus lié à l’Inter qu’au Milan. Vittorio Pozzo a un jour déclaré à son propos :

L’avoir avec soi signifie commencer à 1-0

Et pour Gianni Brera, un écrivain et journaliste très reconnu, il fut tout simplement « le footballeur le plus génial jamais né en Italie. »

Article Gazzetta.it

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@pierre_pat
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