Culture foot / Il était une fois le foot 24.05.10

The greek moment

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21 Octobre 2001. Old Trafford. Manchester. Jamais Old Trafford n’aura aussi bien porté son surnom que ce jour-là : the Theater of Dreams… Dernière journée de qualifications pour la World Cup 2002 au Japon et en Corée. Ce jour-là, l’Angleterre de David Beckham reçoit la Grèce pour chopper son billet pour l’Asie. Vivre ou mourir. Telle est l’équation. L’Angleterre, en cas de défaite, devra passer par les barrages et prendrait un risque maximal pour sa qualification. Impensable pour ses fans que la nation mère du football ne participe pas à la World Cup. De toute façon, impensable, rien qu’un semblant de seconde, que l’Angleterre puisse perdre, chez elle, contre les modestes Grecs d’Otto Rehhegal.

Et pourtant…
Les anglais sont menés 1-2 à la fin du temps réglementaire. Car les hommes d’Eriksson jouent la peur au ventre, et la mort aux trousses. À la mi-temps, ils sont même menés 0-1 par une frappe, à l’angle de la surface, d’un certain Angelos Charisteas (36ème). Et sans l’incroyable maladresse des attaquants grecs, l’addition pourrait être plus corsée et les rosbeefs bien cuits. 

D’ailleurs, à la 67ème minute, Karagounis bute encore misérablement sur Nigel Martyn. D’un dégagement de 50 mètres à la main, le goal de Leeds trouve son capitaine le long de la touche. Beckham se joue de Nikolaidis et Patsatzoglou. Contact. Faute du défenseur. Sheringham remplace Fowler. Et sur le coup-franc du Beck, Super Teddy coupe la balle au premier poteau et lobe Nikopolidis (68ème). L’Angleterre respire…

Respire, le temps d’une balle au centre. Une minute plus tard à peine, Nikolaidis trouve les filets de Martyn, sur un cafouillage foireux dans la surface anglaise. Le monde s’écroule de nouveau. Les anglais prennent une masse sur la tête. Galèrent pour refaire surface. Les occasions n’existent pas. Seulement un coup-franc de Beckham finit dans le petit filet de Nikopolidis, totalement battu. Le sablier se vide. Les anglais n’iront pas automatiquement à la World Cup. Le sablier est vide. L’assistant signale quelques secondes de rabe.

« Beckham saves the day »
Ninety third minutes in Old Trafford. 93ème. Nouvel ascenseur sur Sheringham. Faute et coup-franc. On est à 25 mètres. Peut-être 24 ou 26 mètres du but de Nikopolidis. Ou bien à des kilomètres. Tellement l’Angleterre n’a jamais parue aussi loin, à des années lumières, de l’Asie sur la carte du Monde. Old Trafford est dans un coma profond. Un léger vrombissement subsiste dans l’apathie collective. Les 66000 bouches du stade de Man United, et les millions d’autres dans tout le pays, sont hermétiquement fermées. Les mains sur le crâne, dans les cheveux, levés au ciel, l’une dans l’autre, font appel à une instance supérieure. Et God save The Queen and England car les miracles existent d’après David Beckham.

Comment imaginer le poids que supporte le Spice Boy sur ses épaules ? Le Beck a la balle du match dans ses mains puis devant ses pieds. La balle qui peut assassiner tout un peuple. Ou qui peut l’envoyer au firmament et, moins loin, à la World Cup. Un penalty à mort subite. Un penalty, sans en être un. Beckham a la balle et le marteau du juge. La sentence suprême. N’a pas le droit à l’échec. Le temps suspend son cours. The instant. Où chaque geste semble durer une éternité. Quand les cœurs arrêtent de battre. Quand Big Ben fait une pause.

À ce moment-là, le Beck devient inhumain. Un héros. Sérénité et sang-froid, il fait preuve d’un calme déconcertant. Beck tape. Silence. Puis le ballon claque littéralement dans les filets, dans tout Old Trafford. Perle parabolique dans la lunette droite du pauvre Nikopolidis. La précision est chirurgicale. La beauté du geste est fantastique. Un coup-franc d’exception tant la trajectoire et la vitesse de la balle sont rares. 2-2. Old Trafford explose…

L’Angleterre, grâce au match nul, finira première de sa poule, devant l’Allemagne. Les anglais iront à la World Cup. Ce coup-franc là restera dans la mémoire collective, du fait de son extrême importance et de la beauté de l’accomplissement. Ce jour-là plus que jamais, le Beck a revêtu le costume du héros de tout un peuple. Et a certainement signé l’un des plus beaux coup-franc de l’histoire…

Mathieu P.

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