Culture foot / Il était une fois le foot 04.06.14

Penalty Nightmare

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1990, 1996, 1998, 2004, 2006. Autant de Coupes du Monde et d’Euros où l’Angleterre s’est fait virer de la compétition lors de l’ultime séance de roulette russe. De Turin 1990 à Gelsenkirchen, la malédiction des tirs-au-but poursuit les serviteurs de la bannière de St-George.

Il fut un temps où le football se jouait sans séance de tirs-aux-but. À la pièce. À la “choune”. À la volonté des Dieux du foot de faire basculer une piècette sur une face ou une autre. En ce temps le monde du football anglais ressemblait au pays de Candy, loin des horribles cauchemars post-traumatiques qui le hantent depuis un soir de juillet 1990. En ce temps, il arriva même que l’Angleterre gagne. Mais cette histoire où les tirs-au-but ne vivaient pas a pris fin il y a plus de trente ans. En 1972, les monarques du football voulurent stopper les nausées d’une loterie purement injuste. Pourtant beaucoup de supporters continuent de croire que les “penalties” sont tout aussi injustes. Les anglais le croient plus que les autres…

Italie 1990 : si près si loin
Il faut remonter aux sources, un soir d’été dans le vieux Stadio Communale de Torino, pour comprendre comment l’histoire tragique s’est forgée comme un boulet aux sabots de la Reine. Le 4 juillet 1990, l’Angleterre de Sir Bobby Robson affronte l’implacable machine ouest-allemande des Brehme, Klinsmann, Matthäus et Voller en demies du Mondial italien. La veille, un peuple entier vient d’encourager Diego M. contre son propre pays dans le Stadio San Paolo. Naples où quelques jours plus tôt l’Angleterre a difficilement sorti le Cameroun au fin-fond de la prolongation grâce à un… penalty de Gary Lineker. En demie, pour la troisième fois d’affilée, des anglais pas si penauds sont obligés de se biscuiter 120 minutes. Lineker a répondu à Brehme. Dans la prolong, les deux équipes touchent les poteaux : le destin veut s’écrire sur le tard. À la 99ème, Paul Gascoigne écope de son deuxième carton jaune dans le tournoi et coule des larmes devenues légendaires : Gazza sait qu’il ne jouera pas la finale si l’Angleterre se qualifie. Il en sera autrement. Bodo Illgner, à peine 23 pommes, sort les tirs de Stuart Pearce et Chris Waddle pendant que chaque allemand distille chirurgicalement ses billes.

À ce moment là, les deux nations prennent des chemins opposés. Il est une légende qui dit que les allemands gagnent à la fin, il en est une autre qui dit qu’aucun allemand au sang gelé n’a jamais loupé un penalty à l’instant de mourir. Les anglais préfèrent eux les contes du perdant magnifique et maudit.

Serial loosers
Exceptions faites en 1994 où l’Angleterre est absente et en 2002 (défaite 1-2 contre le Brésil en quarts), l’histoire est une répétition de mauvais goût. 30 juin 1998 : l’Argentine élimine l’Angleterre en huitièmes (2-2, 4-3 tab). Beckham exclu pour une basculette sur Simeone, David Batty se retrouve sixième tireur. Le garçon n’a jamais tiré de penalty en club et sa gonfle est repoussée par Carlos Roa, avancé comme un gardien de hand. 1er juillet 2006 : le Portugal élimine l’Angleterre en quarts (0-0, 3-1 tab). Lampard, Gerrard puis Carragher ratent en avalanche. Sans oublier les interminables séances des Euros 96 (1-1, 5-6 tab contre l’Allemagne en demie avec l’échec d’un Southgate qu’on ne reverra vivant que des mois plus tard dans une publicité pour Pizza Hut avec Pearce et Waddle !) et 2004 (2-2, 5-6 tab contre le Portugal en quarts).

En 1990, les anglais avaient parlé d’expérience. Six joueurs allemands, habitués à ce genre d’atmosphère, évoluaient alors en Italie tandis que l’Angleterre, privée de compétitions européennes après le drame du Heysel, alignait trop de puceaux. Depuis, on croit outre-manche en une réelle malédiction. Les penalties sont certes un mélange d’expérience, de technique et d’aptitudes mentales mais avec un résidu d’héritage de gênes et un zeste de (mal)chance.

Du coup, les rosbeefs claquent des neurones pour réduire cette bizzarerie en chaine. Matt Le Tissier, qui a converti 47 de ses 48 penalties en carrière, a récemment proposé ses services pour conjurer le sort. Des récentes études de psychologues du sport sont elles arrivées à la conclusion qu’habiller le gardien en rouge cet été maximiserait les chances de gagner aux tirs-au-but. Problème : Umbro n’avait pas prévu le coup. Le moyen le plus sûr pour les anglais de ne pas perdre aux penalties reste encore de ne pas y aller…

Mathieu P.

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