Culture foot, Il était une fois le foot

El Club Deportivo Palestino

Un club de football ne se comprend pas en focalisant son attention sur l’instant T. Il faut ouvrir le temps, dérouler la perspective qui, seule, permettra d’en capter toute l’âme, le caractère et l’identité profonde. Il faut en observer l’histoire, de sa création au moment présent en appréhendant les différentes phases qui ont marqué la mémoire de sa chair. Il convient d’en connaître les origines. Les joies et les peines. Les ambitions et les doutes. Il existe ainsi un club, aux confins de la planète, sur lequel on ne s’attarderait pas à priori. Il a pourtant une histoire caractéristique qui mérite qu’on s’y arrête. Nous allons vous conter ici l’histoire de ce club chilien pas comme les autres. Un club chilien qui nous vient tout droit… de Palestine. Un de ces clubs aux accents romanesques dont on aime à découvrir soudainement l’existence. Ce club, c’est le CD Palestino.

Tout d’abord, si vous me le permettez, un bref crochet du côté de l’histoire et de la géopolitique afin de bien comprendre la situation sur le terrain. Il existe en effet des liens de longue date entre Chili et Palestine. En un peu plus de 100 ans, la communauté palestinienne s’est ainsi installée et a assis au Chili une position importante. Ces «Palestiniens du Chili» – d’abord appelés «Turcs» en raison de leurs passeports émis par l’empire ottoman au début du XXème siècle – constituent aujourd’hui une communauté qui compte autour de 500 000 personnes : la plus importante hors du monde arabe. Une communauté qui compte, une communauté qui vit, une communauté bien intégrée qui participe à la vie du pays. Conséquence directe ou non, en tout cas le Chili du Président Piñera a reconnu l’existence de l’État Palestinien en janvier 2011. Quelque chose de très intime rapproche donc ces deux «coins du globe», pourtant géographiquement si éloignés.

Mais revenons à nos crampons. Nous sommes en 1910 et cette première vague migratoire venue de Palestine fraîchement débarquée au Chili est forcément un peu anxieuse face à ce déracinement radical et à ce pays dont elle ne connaît encore rien. Dans un processus assez naturel et humain, elle va alors se réunir pour se rassurer et s’entraider. Ainsi va-t-elle d’abord investir dans un terrain où elle construira une maison, point de ralliement pour toute la communauté. Par ailleurs, au-delà de toute considération économique ou diplomatique, il existe un élément essentiel qui rapproche implacablement Palestiniens et Chiliens, sportif cette fois : c’est le football. Pour les uns comme pour les autres cela dépasse le cadre du simple jeu et représente une part fondamentale de leurs vies. De ces deux peuples de passionnés, le football est donc un dénominateur commun. Leur sport roi. Les «Palestiniens du Chili» vont alors rapidement aménager leur terrain afin de pouvoir y faire vivre cette passion. C’est ainsi que, poussés par la volonté conjuguée d’assouvir leur ardent désir de ballon rond et de maintenir vivant le lien qui les unit à leur terre natale, ils vont finalement fonder leur propre club. Ce fut chose faite le 20 août 1920, date officielle de création du CD Palestino.

Nous parlons donc ici d’un club historique qui fêtera bientôt son centenaire. Un club à l’identité résolument palestinienne. Une identité qu’il porte fièrement dans son nom, dans ses couleurs (noir, blanc, rouge et vert), dans son écusson, dans ses sponsors et humainement bien sûr dans tout son encadrement.

L’histoire du CD Palestino, aussi appelés Tricolores, commencera par 32 années d’amateurisme avant, en 1952, de remporter les Olimpiadas de Colonias (Jeux Olympiques des colonies) à Osorno, et dans la foulée de postuler au professionnalisme. Leur requête sera acceptée par l’ANFP (Asociación Nacional de Futbol Profesional – Fédération chilienne de football) et ils seront placés en Segunda División chilienne, championnat qu’ils remporteront dès la première année. Les voilà donc maintenant en route pour la Primera División, le plus haut échelon du football chilien. Première division qui sera le théâtre de joutes enflammées et acharnées, notamment contre les deux opposants qui deviendront leurs rivaux  historiques : l’Unión Española et l’Audax Italiano. Ces matchs sont connus au Chili sous le nom de Clásico de Colonias (Classique des Colonies). Le CD Palestino ne traînera alors pas avant de remporter l’un de ses deux titres de champion du Chili, chose faite en 1955. L’ascension et l’histoire sont belles pour le petit club communautaire qui, après trois décennies à végéter dans le football amateur, trône désormais tout au sommet du foot chilien.

On peut toutefois noter que l’accession au professionnalisme aura logiquement et définitivement modifié la philosophie du CD Palestino. Tout d’abord, si dans un premier temps seuls les joueurs d’origine arabe pouvaient porter les couleurs de ce club à l’ADN communautaire, cette vision ne survivra pas à la progression sportive. Ainsi put-on voir débarquer Francisco Hormazábal par exemple. Aux commandes des Tricolores dès 1952, il offrit le titre de champion de Segunda División au CD Palestino, son premier. Autre changement notable : la nouvelle aura de ce club aura eu vite fait d’attirer nombre d’investisseurs concernés par la question palestinienne et désireux d’utiliser le sport comme appui dans leur lutte identitaire. Le club va alors multiplier les investissements en joueurs, ce qui lui vaudra d’être rebaptisé Equipo Millonario (L’équipe millionnaire). Il attirera de la sorte d’illustres joueurs tels que Rodolfo Almeyda, Osvaldo Pérez, Carlos Rodolfo Rojas et surtout l’ailier/avant argentin et ancien de River Plate, Roberto Coll, figure emblématique de l’équipe titrée en 1955.

D’ailleurs, ces joueurs appartiennent à jamais à la légende des Tricolores et sont immortalisés par un paragraphe de l’hymne du club qui fut composé par Luis Dimas.

Paroles
Con Palestino hemos de avanzar,
porque de Oriente llega la luz.
Es vida, fuerza, alegria y paz,
que transplantamos a nuestra juventud.

Nacio en Osorno, olimpica ciudad,
desde un volcan, extrajo fé y calor.
Que en un lustro supo conquistar,
la digna estrella de un gran campeón

Refrain
¡Palestino… Palestino!
el linaze de tu tradición,
pavimenta tu amplio camino
de progreso y superación.

La derrota ni el triunfo te inhibe
La pujanza tu sello y virtud
Lealtad y pureza en la lides
es el lema que inspira nuestro club.

Con sus colores blanco, rojo y verde
destila historia nuestro vencedor
y aquí los nombres que se yerguen
Almeyda, Bravo, Perez, Rojas y Coll.

Refrain
¡Palestino… Palestino!
el linaze de tu tradición,
pavimenta tu amplio camino
de progreso y superación. (bis)

Finalement, après une courte redescente en seconde division entre 1970 et 1972, le CD Palestino écrira les plus belles pages de son histoire sur la décennie 1975-1985. Notamment avec Caupolicán Peña (74-80) à sa tête, il remportera en 1978 son deuxième et dernier titre de champion du Chili. Les Tricolores remporteront également deux coupes du Chili et deux Liguillas pre-libertadores (tour de barrage national pour accéder à la Copa Libertadores) en 1975 et 1977.

Depuis ils poursuivent leur chemin dans l’élite chilienne. Avec certes pas forcément la même réussite que leurs aînés, mais en continuant à donner de l’espoir à ces exilés ou descendants d’exilés qui profitent du football pour se réchauffer le cœur des feux lointains de la terre autrefois quittée. La mémoire d’une culture. Le symbole d’un peuple. Un contact intime et exalté avec les origines.

Voici donc l’histoire du CD Palestino, club que la genèse et la fibre profonde condamnent à être pour toujours un peu plus qu’un simple club de football…

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