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Isso aqui é Flamengo

Nous sommes mercredi. Il a fait chaud aujourd’hui sur Rio de Janeiro. Trop chaud même. Je vous le dis mais ça se voit. Je suis rouge comme un string rouge. Et j’ai beau courir, je sens bien le regard des cariocas, mi amusé, mi désabusé. « Ils sont vraiment cons ces gringos » semblent-ils vouloir me dire. C’est vrai que je suis con, j’aurais dû me protéger…

J’aurais aussi dû partir plus tôt, ça m’aurait évité les bouchons. Pour ma défense, aujourd’hui nous sommes le 9 mars 2017 et après la plage, couvert de Biafine, je viens d’assister à l’histoire, celle avec une grande hache; une hache qui coupe des têtes et qui en couronne d’autres; l’histoire d’une remuntada impossible, un truc un peu fou avec des larmes, des cris, des rires; et un doigt d’honneur. Mon retard est donc plutôt justifié, et je ne suis d’ailleurs pas le seul dans ma course contre la montre. Les Brésiliens n’ont pas perdu une miette de la débâcle parisienne, partagés entre la fierté de leur idole Neymar et la compassion. « Vous vous êtes bien fait volés ! » me disent-ils tous.

Je leur expliquerais bien que je m’en fous un peu, que je suis lyonnais et que la magnitude de l’instant a très largement piétiné la déception du coefficient UEFA… mais je suis à la bourre donc…

Le taxi me pose à quelques centaines de mètres du Maracanã. Je ne le vois pas encore, mais l’itinéraire est plutôt instinctif, il suffit de suivre ce bourdonnement de plus en plus assourdissant. Aussi, je me fraie un chemin parmi les vendeurs de bières et autres autochtones douteux, refusant malgré moi quelques propositions alléchantes (« Marie-Jeanne, cocaïne, rapports sexuels tarifés »). Je passe ainsi avec succès un dispositif de sécurité que je qualifierais de très brésilien : démesuré, désorganisé et terriblement inefficace.

Je peux alors enfin m’incruster dans les travées du stade le plus mythique au monde. Même défiguré par la FIFA pour la Coupe du Monde, les frissons sont là… Il faut dire que l’ambiance est survoltée. Flamengo retrouve la Copa Libertadores contre les Argentins de San Lorenzo. Je n’ai que de l’amour pour le club du Pape Francisco et pour sa célèbre hincha dont on dit qu’ils sont « todos de la cabeza » mais je suis dans l’obligation de constater qu’ils sont complètement noyés par la douce folie des cariocas.

Setor Est – Portão D, j’entre dans une toute autre dimension, une marée noire et rouge me renverse. Au sens figuré, comme au sens propre. Le stade est rubo-negro, et personne n’a eu le mauvais gout d’arborer une autre couleur. Officiellement, les 80 000 billets du Maraca ont été vendus mais les mathématiques font la gueule. Tous les sièges sont occupés, et les allées sont noires (et rouge) de monde. C’est le bordel, on ne s’entend pas respirer. « Isso aqui é Flamengo » gueulent-ils…  Oui, pas de doute, ici c’est bien Flamengo, le club le plus aimé du pays, le club le plus aimé au monde même. C’est ce qu’ils disent en tout cas, c’est ce qu’ils chantent…

Durant la première mi-temps, Flamengo a toutes les peines du monde à dompter une pelouse désastreuse. L’État de Rio de Janeiro est officiellement ruiné, volé par la FIFA, le CIO et les politiques locaux; et depuis peu, le football a été relégué au même rang que l’éducation et la santé… Mais au même titre que les fesses rebondies et la cerveja gelada, le football est une religion dans la cidade maravilhosa. Donc, pas de pelouse, et bien futebol quand même. En début de seconde mi-temps, le génie de Diego, une vieille connaissance de la Bundesliga débloque le match d’un délicieux coup-franc… Le stade explose, nos tympans également…

La suite du match se résume en une grande fête. « Favelaaaaa, Favelaaaaaa, Festaaaa na favelaaaa » reprennent-ils tous comme pour rappeler que Flamengo est le club du peuple, le club des quartiers où les matchs de Flamengo font partie des rares moments où l’on retrouve fierté et sourire. Les joueurs locaux rajoutent trois buts et réduisent au néant le suspense autour de cette première journée de Copa Libertadores. J’en profite pour sortir quelques secondes avant le coup de sifflet final. Ça m’évitera les bouchons, cette fois-ci…

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