J’ai un nœud au ventre : Raymond Kopa est mort. C’est toute mon enfance, c’est toute une belle France de l’après-guerre. C’est la France de belles personnes comme par exemple ce Raymond fils d’émigrant polonais qui, avant de devenir footballeur professionnel, travaillait dans les mines vers Lens je crois. Qui parle le français correctement en étant allé à l’école publique de France comme ma grand-mère et bien d’autres qui n’auraient pas manqué un jour tellement ils trouvaient cela formidable.
Je l’ai vu joué quelquefois à Angers à plus de 40 ans avec la même virtuosité. Il avait créé une entreprise de distribution de boissons et était donc devenu chef d’entreprise… Ce sont des souvenirs de matches de foot acharnés dans les petites rues de notre village de Provence, avec les genoux écorchés car il y avait quand même déjà du goudron. Ou des pavés ! Et où j’étais très bon avec un copain nommé Marrou. On se prenait pour Kopa et Fontaine.
Et puis c’était quelques dimanches à partir en dernière minute pour Nîmes pour voir jouer Reims avec mon grand-père et mon oncle. J’ai vu le grand Reims contre le Nîmes Olympique de Kader Firoud. Le sorcier rémois Albert Batteux était aux commandes avec les Jean-Jacques Marcel, Vincent, Wendling, Lucien Muller, Fontaine et d’autres dont je ne me souviens pas, et probablement Michel Mézy. Le stade était en bois et certains montaient sur les mats d’éclairage parce qu’on était serrés comme des sardines. On traversait les voies de chemin de fer de la gare où heureusement il n’y avait pas de circulation car les trains de marchandises étaient arrêtés en gare, ne circulant pas le dimanche.
Et puis ce fut les premières retransmissions TV chez les grands-parents. En noir et blanc. Où on découvrit le Raymond Kopa, Reims mais aussi le Real Madrid de Di Stefano en images. Et puis dans la foulée l’Inter, des anglais, des écossais et probablement le Brésil de 58 puisque je me souviens et me souviendrais toujours des dribbles de serpent de Garrincha.
Et puis pendant des années après sa carrière, Kopa était régulièrement interviewé sur le football et il s’exprimait beaucoup mieux que chacun d’entre nous. Jamais d’autres critiques que positives ou utiles. Un seigneur comme beaucoup d’hommes issus aussi de la France des campagnes où les parents parlaient le patois, ne savaient souvent ni lire ni écrire et pourtant ils ont fait ce qu’on était devenus il y a quelques années : la 3ème économie du monde. En équipes, en transpirant, en bossant et en demandant rien à personne (sauf aux banques quand elles voulaient bien prêter).
Comme quoi à l’image de Kopa c’est peut être le signe d’un chapitre qui se ferme. Celui du football des clochers et des premières Coupes d’Europe, son essence. Celui de cette vieille France d’après-guerre et des campagnes, avec ses traditions et ces petites gens qui étaient des grands. Et celui de cette France où les hommes politiques s’occupaient des gros travaux, point à la ligne. Ils s’occupaient aussi de leurs magouilles mais seulement à l’intérieur des partis et contre les autres partis. Au moins, pendant ce temps, les gens pouvaient travailler et ne pas passer leur temps à les écouter ou les regarder sur leurs smartphones.





