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Crazy gang

Le «Crazy Gang» de Wimbledon : ce nom ne vous taquine peut-être pas les narines, pourtant c’est l’histoire notorious de l’équipe la plus excentrique et la plus détestée de l’histoire du foot anglais. Une page inclassable et franchement rock n’ roll comme seule l’Angleterre du foot peut les compter. So British !

Nous sommes au bout des eighties. Plough Lane n’est qu’un trou géographique sur l’échiquier footballistique du pays. Le Wimbledon FC est un nain au palmarès creux comme ses projets. Depuis trop de lunes, il patauge dans la Football League Fourth Division loin des étoiles que côtoient ses voisins londoniens.
Mais en 1983 le club va vivre une ascension météorique : trois promotions en quatre saisons et l’accès à la lumière de la Premier League en 1986. Si l’histoire est belle, les bookmakers ne donnent que quelques mois aux novices pour refaire leurs valises. Erreur. En 1986-87, Wimbledon s’enquille à une étonnante sixième place.

Tacles, bières et rock n’ roll

Et pour cause : Wimbledon est loin d’afficher une équipe d’imberbes angoissés. Mieux, il balade sur les prés une équipe d’écervelés pas franchement glamour. Une bande d’allumés et de têtes brulées dont Vinnie Jones est le leader emblématique. Les autres poètes se nomment Dennis Wise, John Fashanu, Lawrie Sanchez ou Nigel Winterburn. A l’époque, le FC est même présidé par Sam Hammam, un homme d’affaires libanais complètement barré qui, entre autre, promettait des chameaux ou d’embrasser leurs fesses à ses buteurs.

L’équipe arbore un style de jeu rudimentaire, intense, musclé voire brutal; et une attitude profondément provocatrice et arrogante. Une philosophie de jeu proche de l’amateurisme, détestée de tous outre-manche. Une simplification extrême de toutes les normes footballistiques que Dave Bassett appelait lui-même le «Route One Football». Comprenez la route la plus courte pour aller jusqu’au but adverse, via de grands ponts aériens, et que Gary Lineker estimait préférable de regarder «sur le télétexte de la BBC».
Mais le pire arrivait hors des terrains : les bougres étaient bruyants, machos, blagueurs et… ingérables. Avec une tendance à boire aussi dur qu’ils taclaient, les conférences de presse d’après-match en état d’ébriété et les virées nocturnes étaient monnaie courante.

Seuls contre tous

Cette équipe qui taclait plus qu’elle ne jouait terrorisait l’Angleterre puritaine et son establishment. Pis, le Crazy Gang allait transformer deux années de blagues potaches (rangées de fesses, broyage de testicules, bagarres…) en gigantesque zwanze, comme pour pousser le bouchon toujours plus loin à la barbe d’un pays atterré.

Eux allaient puiser dans ce dégoût les bases simplistes d’une force collective insoupçonnée : «seuls contre tous» comme doctrine manichéenne. Sans compter que l’équipe était déjà aussi difficile à manœuvrer qu’un char d’assaut. Le reste se dessine en FA Cup 88. Au terme d’un parcours étonnant (WBA, Mansfield, Town, Newcastle, Watford, Luton Town), les Dons atterrissent à Wembley contre… Liverpool.

FA Cup 1988

Impossible pense-t-on alors que le miracle se répète (Wimbledon était côté 33-1 à son entrée en lice). Parce que ces Reds-là dominent le Royaume sous l’égide de Kenny Dalglish. Ils viennent d’être Champions et sont encore en course pour le doublé grâce notamment à la gâchette John Barnes-Peter Beardsley qui remplace Ian Rush (parti à la Juve) sans sentiment.

Que nenni. Le Crazy Gang allait gagner le match… à sa façon : dans le tunnel de Wembley (hurlant et se tapant le torse face à des Reds tétanisés). À la 37ème, Lawrie Sanchez scorait l’unique but du match alors que L’pool tombait sur les gants d’un génial Dave Beasant. Et au moment où Beasant sortit la gonfle de John Aldridge, devenant le premier gardien ever à sortir un penalty en finale de FA Cup, l’Angleterre médusée comprît de quel côté s’était rangé le destin. C’était l’un des plus authentiques miracles du foot anglais. Et une sorte de triomphe du Mal sur le Bien.

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