Rooney n'égale pas George Best
Jeudi, 07 Avril 2011 17:58 -

Tags: Best | Rooney | United

Outre sa belle perf' d'hier à Chelsea, les grossièretés de Wayne Rooney lors du déplacement de Man Yoo à West Ham nous rendent quelque peu nostalgiques de la séduisante stupidité de l’illustre George Best.


Car oui, ce n’est pas seulement nos yeux de chimères qui bonifient le bon vieux temps. Non, sérieux, les années 60, c’était vraiment mieux que maintenant. Les années 70 aussi d’ailleurs. Et franchement, si vous ne les avaient pas vécues, mordez vous les doigts car elles n’auront probablement plus jamais d’équivalent. En tout cas, c’est sûr, rien n’égalera ce bonheur tout simple qui émanait des terrains de foot.


George Best, même dans ses moments de pures folies était incontestablement et infiniment plus sympathique que l’autre adolescent génial qui l’a succédé à Old Trafford 30 ans plus tard.


En tout cas, il sera difficile d’effacer de notre esprit l’image de Wayne Rooney crachant à la face du monde ces grossièretés après avoir réussi le triplé qui sauva Man United contre West Ham. La caméra grava pour l’éternité un homme « delta » de notre époque. Furieux pour une raison difficile à saisir sur le moment, et impossible pour des observateurs neutres de justifier.


Une autre image de victoire fut marquante samedi sur les écrans de la TV anglaise. Celle de Mahendra Singh Dhoni, capitaine de l’équipe nationale de l’Inde en Cricket, fixant avec crainte et admiration la trajectoire de la dernière balle de la finale de la Coupe du Monde qu’ill venait juste de botter. Quel joyeux et juste final. Dhoni et ses coéquipiers purent alors communier avec la nation…


Voilà ce qu’était le sport et ce qu’il peut encore être parfois. Mais les footballeurs, eux n’ont plus qu’un lointain rapport avec leurs ainés. Finalement seul leur mauvais comportement sur le terrain semble avoir traverser le temps.


Mais comment comparer un Rooney avec un Best ? Après avoir été sanctionné par la Fédé pour avoir proférer ces insultes, Rooney semblait comme perdu, il n’était plus qu’un triste millionnaire au sens écorné du bien et du mal tout en se plaignant d’être incompris et injustement traité.


Pour autant, il dût probablement sourire en regardant les journaux TV et en écoutant d’anciens joueurs et autres apologistes débiter une défense peu convaincante de son cas. Le président de la Ligue, Clarke Carlisle, qui joua pour Burnley baptisa même le « What fuckin’ what » de Rooney « d’utilisation inattentive d’insanité». Gary Pallister, qui passa 9 ans sous les ordres de Sir Alex Ferguson à Old Trafford souhaitait de son côté que « le bon sens prévale et qu’aucune action ne soit entamée». Mais il n’en sera rien. Malheureusement pour Rooney, la suspension de deux matches qui le privera du derby contre City en demi finale de la Cup a été confirmée ce matin.


Il y a 30 ans, même lorsque le cerveau et le corps de George Best s’étaient dissipés à grands coups d’alcool, même lorsque les tabloïds ne le lâchaient pas à cause de ses nombreuses frasques judiciaires, ses peine de prisons, ses dépenses irrationnelles ou de son look assez négligé, et bien, Georgie restait fidèle à son esprit tortueux et à son attitude je-m’en-foutiste. Pour le plus grand plaisir des fans d’United mais aussi des millions de fans de foot partout dans le monde.


Certains rapportent encore ces fameux graffitis sur la porte des toilettes d’un petit bar non loin de Santa Cruz en Californie qui représentait un cœur dans lequel était inscrit « Best 4 Ever ». Et ça, c’était avant qu’on puisse twitter toute l’info dans le monde entier en un instant. Et Best était déjà une star, même dans un pays qui ne s’était pas encore mis à son sport…


Alors oui, certainement, il se détruisit tout seul et en laissa tomber beaucoup. Mais il ne blâma jamais personne d’autre pour ses stupidités. Il ne blâmait même pas la boisson, qui le rongeait tant après avoir déjà ruiné la vie de sa pauvre mère. Lui ne criait pas d’obscénité devant les caméras de TV ni se cachait devant des déclarations toutes préparées. Il était un alcoolique assumé. Et finalement, les mensonges qui lui firent le plus de mal furent ceux qu’il se disait à lui même. Pourtant, il avait le don assez terrifiant d’attirer la sympathie et de faire en sorte que les gens lui pardonnent tout. Avant de retomber encore et encore dans ses éternels même travers. Mais son charme naturel l’empêcha toujours de tomber dans de gigantesques tourbillons médiatiques. Il parvenait à leurrer des gens qui ne l’avaient pourtant jamais rencontré. Et les autres aussi.


Aujourd’hui, en dehors de sa famille et de ses proches amis, personne ne peut prétendre connaitre vraiment Wayne Rooney. Il est le pur produit de cette infernale machine de divertissement sportif, un joueur si distant que lorsque les journalistes de SKY ont l’occaz’ de lui demander pourquoi il s’est comporté comme un enfant gâté, ils se dégonflent…


Récemment, Tiger Woods disait penser autrefois qu’il se sentait avoir le droit de se comporter comme il le souhaitait. Rooney, lui est trop important, trop connu pour être froissé et attaqué dans un monde édulcoré –avec Sky qui paie pour le foot, et la fédé qui prétend le diriger.


Même Sir Alex Ferguson, qui a pourtant "élevé" si magnifiquement Ryan Giggs a abandonné l’idée de comprendre Rooney. Probablement, la demande de Rooney d’êtr rémunéré à hauteur de 250K£ livres par semaine a définitivement gâté leur relation. Et en tout cas, il est difficile d’imaginer qu’il y ait eu de rapports aussi tendus et ambigus entre Matt Busby et George Best. Il y avait alors des relations beaucoup plus vraies, beaucoup plus nobles… Et pourtant, on a comme l’impression que Rooney aura un aéroport à son nom quand il ne sera plus là… Foutue époque !


Kevin Mitchell
The Guardian

Traduit et adapté par TB

 

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