Ben voilà, on y est… le D-day s’est décalé de 6 jours. Les plages de Normandie ont été remplacées par celles d’Ipanema et de Copacabana… Pas de soldat cette fois-ci mais des formes rondes. Rondes comme les fesses sculpturales des brésiliennes, rondes comme les ballons de foot qui prospèrent au bord de l’eau. La Coupe du Monde commence et on ne va pas vous mentir, c’est une douce euphorie qui habite Befoot aujourd’hui, un savant mélange d’excitation et d’impatience. Et pour mieux patienter jusqu’à ce soir, cinq de nos plus talentueux rédacteurs ont couché sur papier les cinq thèmes qui devraient dominer ce mondial brésilien.
1- Quel est le thème le plus intéressant de cette Coupe du Monde 2014 ?
El Trinche (Un mec pas grand) : La possible fin d’un deuil de 64 ans.
En 1950 devant deux cent milles brésiliens en fusion l’Uruguayen Ghiggia marque au Maracaña le but qui jettera le silence le plus assourdissant de l’histoire du football. La pire tragédie de l’histoire du Brésil selon les commentateurs de l’époque. Barbosa le gardien de la finale ne sera jamais pardonné. 43 ans après cette finale perdue il revient sur la tragédie : «Au Brésil la peine maximale pour un meurtre est de 30 ans, moi cela fait 43 ans que je paie pour un crime que je n’ai pas commis». Voilà l’enjeu de cette Coupe du Monde 2014.
Tom B. (Un mec grand) : Le dilemme brésilien.
Le Brésil ressemble à la petite grosse qui cherche à perdre quelques kilos pour enfiler autre chose qu’un drap en guise de maillot de bain. Or qu’il est dur de se priver de son dessert préféré… À la veille de son mondial, le peuple brésilien est tiraillé entre son amour du football et sa fureur envers un système injuste et corrompu confortant une élite sociale qui prospère aux dépens d’un peuple étouffé. Le Brésil est à bout de nerf et la seleção se doit de gagner pour justifier un tant soit peu les milliards dépensés dans des stades plutôt que dans l’éducation, les transports, et la santé. Ce sera donc victoire ou le chaos… et le chaos semble indispensable au Brésil.
Ludovic (Un mec plutôt costaud) : La fête ou le désordre ?
Depuis le choix du Brésil comme organisateur de la Coupe du Monde 2014, tout amateur de football qui se respecte attend LA Coupe du Monde dans LE pays du football. Mais à quelques heures du coup d’envoi, tout le monde s’interroge : comment va se passer le Mondial dans un pays tiraillé par les inégalités, la violence, le climat social délétère ? Est-ce que l’on va assister à la vraie fête du football tant attendue… ou à un théâtre de manifestations pour une société brésilienne plus juste et moins corrompue ?
PP (Un mec petit) : Le comportement du Brésil.
Et par cette appellation, j’englobe aussi bien les footballeurs brésiliens que les habitants du Brésil. Ces deux entités seront a priori l’attrait principal de cette Coupe du Monde : le Brésil réussira-t-il à gagner « son » Mondial, lui qui en est l’archi-favori et qui a un Maracanaço à effacer ? Les brésiliens «attendront-ils un mois pour leurs éclats un peu sociaux»? Finalement, après avoir bouffé du Brésil dans toutes nos vitrines et catalogues depuis un mois, ce ne serait que justice que tout le monde ne se focalise que sur lui pendant la compétition.
Gino (Un mec pas gros) : Fin de règne du chorizo ?
La voilà la question qui me taraude en premier lieu ! Et je l’exprime ainsi de façon quelque peu triviale parce que personnellement - et je ne crois pas être le seul - j’en ai marre de ces compétitions qui se soldent systématiquement par une victoire espagnole. C’est idiot, oui, certes. Mais je suis français, et j’aime donc les vainqueurs à une condition, et à une condition seulement : qu’ils se remettent rapidement à perdre. J’ai par conséquent adoré - littéralement - l’Espagne mais j’espère cette fois que le souvenir de Poulidor et de son loser power soufflera sur leur sélection.
2- Quel est le second thème le plus intéressant de la Coupe du Monde 2014 ?
El Trinche : L’histoire d’un pays, le Brésil.
Un pays plongé malgré lui dans la schizophrénie entre sa joie de vivre naturelle, son amour du football et de la fête; et cette réalité brutale d’un pays ou les riches se déplacent en hélicoptère de gratte ciel en gratte ciel pendant que les pauvres, en bas, sniffent leur kérosène. Cela restera à jamais la Coupe du Monde du paradoxe dans une société déchirée par la violence, les inégalités, la corruption et l’argent public envolé mais unie comme jamais derrière sa seleção.
Tom B. : La mort du Tiki-Taka.
La Coupe du Monde devrait confirmer la fin de règne du Tiki-Taka espagnol #RIP. Les défaites du Barça et du Bayern de Guardiola semblent être les prémices de l’érosion du style de jeu de la Roja, devenu trop prévisible, trop ennuyeux, trop «tiens de je te fais la passe, tiens je te la redonne». Avec l’âge avançant du cerveau Xavi, il sera compliqué pour la selection espagnole de réaliser un quadruplé absolument dingue, et de contrer le football froid et foudroyant de la seleção, qui semble avoir les crampons assez large pour marcher dans les pas du Real d’Ancelotti.
Ludovic : Le sacre du Brésil ?
Le Brésil terre de football quintuple vainqueur de l’épreuve va-t-il enfin pouvoir soulever la Coupe du Monde sur son sol ? Après le traumatisme de 1950 c’est l’occasion ou jamais de pouvoir fêter son règne avec son peuple sur ses terres. Mais à part Thiago Silva unanimement reconnu comme le meilleur défenseur du monde, aucune star mondiale dans son équipe. Fred, Oscar, Willian, Neymar et consort sont-ils prêts à prendre la relève de leur glorieux ainés ? À voir…
PP : La fin de série de l’Espagne.
Comme pour tous ceux qui gagnent toujours à la fin (PSG, Schumacher #RIP, Nadal, Hanouna au mini ping-pong), tout le monde commence à en avoir un petit peu marre et souhaite le changement. Cela dit, pas sûr que le changement soit maintenant pour l’Espagne, tant leur effectif est énorme. Il suffit de regarder les non convoqués pour s’en convaincre… Mais quel que soit le résultat de la Roja, ce sera de toute façon un évènement. Mais bon, on va quand même miser sur la fin de série parce que ça commence à bien faire maintenant…
Gino : La destinée des champions.
Un des événements dans l’événement : On nous rabat les oreilles avec ça à longueur de temps : Messi et Cristiano sont deux super joueurs, mais, mais, mais, MAIS… il FAUT gagner avec sa sélection. Sans quoi ils resteront toujours derrière les Maradona, Pelé et consorts. Sans quoi l’Histoire finira par les digérer puis les évacuer. Blabla. Je ne rentrerai pas ici dans le débat. Toujours est-il que si l’un de ces deux-là pouvait avoir la bonne idée de briller et de hisser son équipe sur le toit du monde, on pourrait se vanter d’avoir vécu en direct un moment vraiment historique…
3- Quel est le troisième thème le plus intéressant de la Coupe du Monde 2014 ?
El Trinche : Le Football Business.
Cette Coupe du Monde sera celle qui paie le prix d’un football ou l’on a oublié que les joueurs n’étaient bien que des hommes. Des hommes surexposés qui sortent de saisons à plus de 60 matchs et qui arrivent au mondial sur une demi-jambe (Makelele ©). La Coupe du Monde des stars fantômes. Ribery, Suarez, Ronaldo, Diego Costa…
Tom B. : Une coupe pour Messi/Ronaldo ?
Ronaldo a 29 ans, Messi va en avoir 27. Autant dire que ça pourrait être leur dernière occasion de soulever la Coupe du Monde. Comme Diomède et Boghossian avant eux. S’ils veulent entrer dans le débat stupide sur le plus grand joueur de l’histoire de notre sport chéri, ils se doivent de la gagner. Comme Pelé, trois fois, comme Maradona, tout seul en 1990, comme Zizou, à grands coups de coup de boules…
Ludovic : Le Brésil est-il prêt à recevoir le monde…
Et plus précisément les stades (et les pelouses) sont-ils opérationnels ? Pas sûr vu de France. Mais Dilma Roussef assure le contraire, alors laissons-lui une chance !
PP : La France.
Compte tenu des derniers résultats des Bleus depuis 2008, le syndrome du chat échaudé commence un petit peu à poindre. Bon, dire que je ne vais pas me passionner pour les Bleus serait mentir mais disons que malgré la confiance ambiante, il semble imprudent de se projeter au-delà des 8ème de finale. Mais c’est inévitable : dès le coup d’envoi de France-Honduras, le fol espoir sera de retour. Et ce sera surement pareil pour vous !
Gino : La surprise du chef.
C’est l’un des classiques des Coupes du Monde. Un des petits plaisirs qui vient occuper nos étés tous les 4 ans. L’équipe inattendue. L’imprévu. L’empêcheur de tourner en rond. Le catalyseur d’émotions. Le paramètre enthousiasmant aussi. La sélection qui nous sort de l’ennui d’une issue par trop attendue. Qui nous ramène à la justice immanente du football, à la glorieuse incertitude du sport. Cette sélection sans laquelle, finalement, plus rien n’aurait de sens. La Suède en 1994. La Croatie en 1998. La Corée et la Turquie en 2002. L’Uruguay en 2010… Qui pour reprendre le flambeau ?
4- Quel est le quatrième thème le plus intéressant de la Coupe du Monde 2014 ?
El Trinche : Leo Messi peut devenir le plus grand joueur de l’histoire ?
Un duel Diego Maradona vs Leo Messi. Le joueur qui a tout gagné et surement le meilleur joueur de l’histoire intrinsèquement mais qui ne le sera jamais s’il ne fait pas gagner à l’Argentine cette Coupe du Monde. Une équipe bâtie pour lui. Brésil a la pression. Leo, lui, doit porter tout un pays tout seul et pas n’importe lequel. L’Argentine. LE pays de football avec l’Uruguay. Leo sera-t-il capable de rappeler au Brésil le bon souvenir de 1950 ?
Tom B. : La France sans Zidane.
1998, le toit du monde. 2002, l’humiliation. 2006, la France en finale. 2010, la honte. Ou on peut la faire comme ça si vous voulez. 1998, Zidane. 2002, pas Zidane. 2006, Zidane jusqu’à la 110ème. 2010, pas Zidane. Bref, la France s’en est toujours remise à ses quelques grands joueurs pour bien figurer dans les compétitions internationales. Et si on adore l’équipe actuelle, son triomphe ne passera que par l’élévation d’un de nos joueurs au niveau d’un Zizou ou d’un Platoche…
Ludovic : Léo Messi va-t-il enfin assumer son statut ?
L’icône de Barcelone n’a jamais eu le rendement escompté avec les Albiceleste. Cette Coupe du Monde doit normalement être la sienne : sur les terres de l’ennemi brésilien il a la pression de tout un peuple : il doit porter son équipe au sommet. S’il veut définitivement avoir une chance de concurrencer Maradona dans le cœur des argentins, il va enfin devoir se sortir les doigts. Les grands joueurs font la différence dans les grands matchs. À lui de nous le montrer…
PP : L’arbitrage.
Rappelons-le, cette Coupe du Monde sera le théâtre d’une véritable révolution avec l’utilisation du Goal Control pour vérifier si le ballon a franchi la ligne (ou pas). Vous vous rendez compte, finis les buts à la Geoff Hurst ou les non-buts à la Franck Lampard ou Patrick Vieira (mais si, contre la Corée du Sud, souvenez-vous). Les chances que cette technologie soit utilisée sont quand même faibles mais ça reste un truc qu’on attend avec impatience. Puis surtout, ça n’empêchera heureusement pas les arbitres humains de faire des conneries, même sans les français. Nos discussions d’après-match sont sauves.
Gino : This Time for Africa ?
C’est là encore une question assez récurrente. Est-ce qu’une sélection africaine peut (enfin) réussir l’impensable ? Ou au moins faire mieux que toutes les précédentes ? En 2010, première Coupe du Monde sur le continent africain, le Ghana avait buté en quarts, face à l’Uruguay. Comme le Cameroun de Roger Milla en 1990. J’attends donc de voir si une équipe parmi le Cameroun, le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou encore l’Algérie aura le potentiel pour faire mieux et atteindre le stade des demies-finales.
5- Quel est le cinquième thème le plus intéressant de la coupe du monde 2014 ?
El Trinche : Une équipe européenne peut pour la première fois gagner une Coupe du Monde sur le continent américain ?
L’Espagne, l’Allemagne et l’Italie outre le Brésil et l’Argentine trouveront sur leur chemin l’Uruguay de Tabarez, la Colombie de Pekerman, le Chili de Sampaoli voilà les nations qui vont marquer cette Coupe du Monde 2014. Des machines collectives aux principes de jeux bien huilés et une identité bien ancrée. La Coupe du Monde du football sud-américaine.
Tom B. (Un bon gars) : Les femmes bien sûr.
Une Coupe du Monde, c’est des matchs de foot entre copains, des bières et des barbecues. Mais c’est aussi les gros plans vicieux sur les petites bombes qui peupleront les stades brésiliens. Non, non c’est important, ne serait-ce que pour actualiser notre tableau du coefficient de bonassité par pays. Et pour planifier nos prochaines vacances…
Ludovic : La France.
Pour le moment tout n’est qu’euphorie. Même un Le Pen - en grande forme - ne s’est pas fendu de sa petite sortie sur le nombre de blacks dans l’équipe. Même le forfait de Ti’Franck ne semble faire vaciller ce groupe de 23. Mais le monde des bisounours et des matchs de préparation est fini. On croit en vous. Faites nous rêver. Faîtes nous oublier Knysna. Faîtes taire les footix. Gagnez putain… ça serait beau !!
PP : La Belgique.
C’est peut-être un peu surprenant d’en faire un des thèmes principaux de cette Coupe du Monde, mais cette équipe de Belgique intrigue. Régulièrement présentée comme « exceptionnelle » grâce à une génération pas dégueu, sa communication renforce cette image de bande de copains insouciants qui vont tout défoncer (les blagues d’Eden Hazard, la dégaine de Wilmots, les reportages Téléfoot, le clip avec Stromae). Pourtant, difficile de placer les Diables Rouges parmi les prétendants au dernier carré, ne serait-ce qu’en raison de la perspective d’un 8ème contre le Portugal par exemple, voire d’un quart contre l’Argentine. Du coup, ça en fait une petite curiosité et une des équipes à suivre avec intérêt.
Gino : Le déclin des statistiques.
Notre génération de suiveurs de football a aujourd’hui largement tendance - et la palette à Doudouce n’y est sûrement pas étrangère - à s’en remettre aux statistiques. Ainsi a-t-on pu entendre dernièrement qu’en 1966, l’Autriche remportait l’eurovision, l’Atletico avait été champion d’Espagne, le Real avait gagné la C1, le Bétis descendait pendant que le Deportivo remontait suite à quoi… l’Angleterre avait été championne du monde. Autre statistique, en 1997 Daft Punk cartonnait avec Around the World, un an plus tard la France était championne du monde. En 2013, Daft Punk revient fort avec Get Lucky, donc en 2014… Bref, tout ça pour dire que j’attends patiemment le 13 juillet afin de pouvoir définitivement mettre le jeu des statistiques au rebut.





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