Après la brève et piteuse parenthèse Claudio Borghi, la sélection chilenne a finalement déniché le digne successeur de Marcelo Bielsa, et peut tout à fait jouer les trouble-fêtes cet été au Brésil…
Jorge Sampaoli a le football dans le sang. C’est sa passion, son obsession, sa vie. Forcément, le bonhomme est Argentin. Il respire football, mange football, dort football… À 17 ans, Jorge est tout proche de devenir professionnel au Newell’s Old Boys mais une méchante fracture ouverte tibia péroné l’éloigne de son rêve. Pour gagner sa vie, Sampaoli se met alors à travailler dans la banco providencia de Santa Fe puis au registro civil de los molinos. Mais le football le rattrape. Il se met à barouder et à apprendre le métier dans les clubs de province. La formation, la préparation technique, la préparation physique… Comme Arrigo Sacchi en son temps, il se fait la main dans les divisions inférieures. Un peu joueur, un peu préparateur physique, un peu préparateur mental… Littéralement un obsédé…
Jorge, son truc à lui c’est le footing. Allure vive, et Bielsa dans les oreilles :
J’en étais arrivé à un point où j’étais devenu totalement Bielsa dépendant. Je sortais courir, et j’écoutais des cassettes de Bielsa. Je le suivais partout. J’enregistrais tout ce qu’il disait. J’étais obsédé par son Newell’s. Bielsa, je le connaissais depuis le début et son travail chez les jeunes. Je me suis toujours raccroché à sa philosophie, son projet de football offensif et à sa façon de voir le jeu.
On peut alors souvent voir Sampaoli au bord des terrains, armé de jumelles, disséquant les entrainements de la sélection argentine de son maître, alors sélectionneur national.
Les exercices tactiques étaient fabuleux.
Une vulgaire groupie donc ? Non, Sampaoli est avant tout un élève studieux. Et des présidents ne tardent pas à lui faire confiance. D’abord au Pérou, puis au Chili, en Equateur jusqu’à la révélation en janvier 2011. Sampaoli passe alors un cap, et prend la tête de la Universidad de Chile qui le choisit au dépens d’un certain Diego Simeone. Si le «U» de Marcelo Salas était déja un monument du football chilien, Sampaoli en fera une utopie, un mirage aux antipodes de l’utilitarisme du football moderne. Il applique ses principes de jeu qu’il place bien au dessus de son président, de ses joueurs, de ses supporters et de lui même. L’attaque, l’attaque, l’attaque et encore l’attaque. Le collectif devient alors le point culminant de son équipe, au delà de toute individualité, de tout égo. La marque des grandes équipes selon Arigo Sacchi.
Double champion national, Jorge offre à l’Universidade son tout premier titre continental avec la Sudamerica et tient 36 journées sans perdre le moindre match. Et tout ça, en prônant un football plein d’audace, plein de panache. Un football souriant. En octobre 2011, après une victoire 4-0 contre Flamengo à Rio de Janeiro en huitième de finale, Jorge Sampaoli croise une légende dans le vestiaire. Et Ronaldinho lui glisse :
Jamais je n’avais joué contre un adversaire aussi supérieur.
En novembre 2012 il reprend une sélection du Chili massacrée par Borghi… et parvient à la qualifier pour le mondial. Il y applique les mêmes recettes, et ne déroge jamais à ses idées de jeu. Son football est total avec un mouvement permanent, des jeux en triangle et un pressing haut et constant. Son collectif est fort, porté vers l’attaque. Il constitue sa sélection du Chili avec ses poulains de la U tels que Eduardo Vargas, le talentueux, Marcelo Diaz, sa plaque tournante, Eugenio Mena ou Charles Aguanriz; et les stars chiliennes du mondial 2010, les Alexis Sanchez, Arturo Vidal, Mauricio Isla ou Garry Medel. Avec eux, le mago de Palmeiras, Jorge Valdivia, ce chantre d’un football romantique et magicien du ballon rond. L’enfant terrible du football chilien, amoureux des femmes, de la nuit et de la bière, vient au Brésil pour régaler une dernière fois…
Évidemment, le Chili vient pour nous surprendre, et pour nous enthousiasmer… Les comparaisons avec son maître, sélectionneur en 2010 en Afrique-du-Sud deviennent évidentes. De là à envisager un duo Sampaoli-Bielsa un jour ?
Je ne crois pas répond Sampaoli. Pour moi c’est le meilleur entraineur du monde mais je préfère le garder comme un mythe et le suivre de près, sans l’incommoder.
En tout cas, il essaiera à coup sûr de bonifier l’héritage laissé par son maitre et de marcher sur Rio en 2014. Puis aprés tout, ce groupe B respire le football… Sampaoli devrait bien s’y sentir…





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