Ce week-end on a trainé notre blaze au Miami dancing, vu Kurt s’offrir son match référence et comme vous, on n’a pas pu échapper au match en vogue Gouvernement contre Présidents de club avec l’opinion publique dans le rôle d’arbitre aussi affûté que Clément Turpin un soir de Clasico. Sérieusement, pour quoi 75% ?
On ne va pas refaire le match des fondements idéologiques de cette taxe, ni revenir sur ce fait de jeu de la 75ème minute où le 4ème arbitre camoufle le capitaine du gouvernement jugeant que sa frappe à 75% brutalise les foyers fiscaux de façon inégale. On décide donc de contourner le bloc et la taxe s’appliquera finalement aux entreprises, dont les clubs de football, qui devront payer cet impôt prédestiné à ses salariés les plus fortunés. Trois bonnes questions méritent d’être posées sur le sujet :
Un club de football est-il une entreprise comme une autre ?
Oui ce sont des sociétés par actions simplifiées qui paient leurs impôts au même titre que toute entreprise et il n’y pas de raison pour que cela change, taxe à 75% incluse, au nom de l’exigence d’égalité devant l’impôt. C’est la logique du gouvernement. En revanche peu d’entreprises ont une masse salariale équivalente à 70-80% de son chiffre d’affaire ce qui est le cas d’un club de football.
Si on avait voulu appuyer à l’endroit où cela fait le plus mal on n’aurait pas appuyé autre part avec, avant plafonnement, une taxe pouvant atteindre 10% du chiffre d’affaire de certains clubs. Le plafonnement de cette taxe à 5% du chiffre d’affaire pour les clubs de football ne solutionne rien et est l’aveu du non-sens économique de cette taxe appliquée en l’état aux clubs, qui ne sont rien d’autres que de grosses PME devant composer avec les réalités de son industrie.
Une plus grande justice sociale entre individus était le fondement noble de cette taxe. Il a disparu et la taxe s’est vidée de son sens moral, car on ne peut évoquer le sens de la justice lorsque l’on sait qu’une société du CAC 40 ne versera pas un centime et qu’une PME va verser 5% de son chiffre d’affaire avec les difficultés économiques qu’on lui connait :
Source : Rapport comptes individuels DNCG 2011/2012 (montants en milliers d’euros)
En quoi cette taxe appliquée en l’état relèverait du perdant - perdant ?
Cette taxe est politique et se situe dans la symbolique quand on sait qu’elle rapportera €80 MM sur deux ans à l’état. Or qui mieux que le footballeur pour représenter le riche à qui l’on vole pour rendre au pauvre et s’attirer les faveurs du peuple. Mais Robin ne volait pas Frère Tuck et l’OM n’est pas le shérif de Nottingham. Le gouvernement se trompe de match et cela pourrait se retourner contre lui.
Cette taxe appauvrit clairement le football français. Premièrement elle augmente directement les coûts des clubs concernés sans qu’ils puissent repasser cette augmentation de coût en augmentant leurs revenus par exemple. Deuxièmement, elle va appauvrir la base de revenus des clubs. En effet il existe trois segments de revenus, les droits TV, le sponsoring et enfin les recettes de billetterie. Ils ont en commun qu’ils reposent sur la notoriété et la visibilité que peut obtenir un club au travers de ses résultats et de ses joueurs. Pour avoir de grands joueurs il faut payer beaucoup d’argent dans un football mondialisé où chaque joueur bénéficie d’une grande liberté de mouvement au gré de l’attractivité économique et sportive des différends championnats. Or avec cette nouvelle taxe qui s’ajoute à la suppression du DIC, et à un régime fiscal moins favorable qu’ailleurs (avant la taxe les charges sociales représentent ~ 20% du total de la masse salariale des clubs en France contre 12% en Angleterre, 5% en Allemagne ou 3% en Espagne et en Italie), les clubs vont devoir réduire leur masse salariale et donc se séparer de leurs meilleurs joueurs. En conséquence le championnat de France perdra à terme en notoriété et compétitivité et donc une partie de ses revenus devant vendre encore plus pour équilibrer ses comptes et ainsi de suite.
Cela envoie en outre un signal très négatif aux actionnaires actuels et futurs investisseurs. Cette taxe remet en cause un équilibre très fragile, et le même supporter de l’OM qui a répondu «non» à 65% à la question «Êtes-vous vous d’accord avec la grève contre la taxe à 75% ?» répondrait certainement non à la question «Êtes-vous vous d’accord pour voir l’OM jouer sans Mandanda, Ayew et Valbuena la saison prochaine ?». Ces mêmes personnes qui sont contre cette grève de millionnaires viendront défiler pour protester contre leur président de club parce que les résultats ne sont plus là ou qu’untel n’est plus là. Cette taxe populiste pourrait très vite devenir impopulaire.
La grève une solution vraiment ?
Cette journée blanche initiée par les présidents de club est impopulaire et n’est pas la solution au problème. Ils le savaient et il faut voir dans cette initiative le signe du désespoir face au manque de volonté du gouvernement d’entendre les spécificités de l’industrie du football et de l’impact d’une telle taxe. Cette taxe est politique et aucun argument rationnel ne saura changer l’avis du gouvernement. Les présidents de clubs devront mener une campagne d’information très efficace s’ils veulent conserver une chance de pouvoir renégocier les conditions de cette taxe.
Bien sûr les clubs français ne sont pas les premiers de la classe en termes de gestion, mais ils ont rationalisé leur modèle économique depuis plusieurs années en diminuant leur masse salariale et en investissant dans la formation dans le cadre de la mise en place du Fair-play Financier de l’UEFA. Le championnat français a gagné en attractivité avec l’émergence des deux puissances économiques PSG et Monaco qui doivent servir de locomotive pour le reste. Il serait dommage de rompre cette bonne dynamique et les présidents de club auraient dû garder ce débat en coulisses et négocier comme cela se fait dans n’importe quelle autre industrie. Relever le seuil afin de tenir compte de la spécificité de l’industrie du football au niveau européen pourrait être une piste de réflexion. Nous ne sommes plus à une mesure fiscale dérogatoire près…




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