Elland Road
Publié le 07.03.2010
Samedi, Befoot s’est offert un crochet inédit par la D3 anglaise. Fou Befoot ? Non ! Simplement l’occasion d’un pèlerinage inéluctable par Leeds et son stade d’Elland Road. Comme une evidence. Dirty Leeds. Elland bloody Road.
Pour se familiariser avec Leeds, il suffit de mettre deux godasses dans une librairie british. Des livres sur Leeds United, il est en existe à foison. Sur son glorieux et dégueu passé. Sur Don Revie et Brian Clough. Sur cette image à jamais «dirty» d’un club désormais paumé dans l’oubli des divisions inférieures. Comme un débarras. Mais Leeds fascine, encore aujourd’hui. Car nul autre club n’a connu si conjointement les gloires et les défaites, les lauriers et les critiques, les sommets et l’anonymat. Leeds est une énigme sur l’échiquier anglais. Un point rouge qui subsiste alors que depuis 2004, et des années de gestions financière et humaine foireuses, le club regarde de très loin la Premier League : chaque weekend, autour de 20 000 fans se pressent à Elland Road dans l’espoir de revoir un jour la lumière. Ils étaient jusqu’à 37 000 pour le derby contre Huddersfield et une défaite en FA Cup contre Tottenham. Leeds n’est pas mort. Le club est même deuxième à douze journées de la fin de la League One et entrevoit la montée. Et, samedi, LUFC recevait Brentford (14ème).
Leeds. Sa grisaille et sa fine drache. Ses artères de shopping de masse en centre-ville et… la misère sorti de là. Pour aller à Elland Road, pas dix-huit moyens. Une cuite à patte vaudrait dix jours d’effort et seuls des convois de bus successifs acheminent à la Route d’Elland. Au milieu d’un no man’s land, en contrebas de maisons consanguines en briques rouges, juxtaposant l’autoroute et un parking désert en gruyère digne de Sarajevo : le stade. Elland bloody Road. La première impression, charmante, est trompeuse. La descente de bus débouche sur la tribune Est, refaite à blanc en 1994 pour un coût de 5,5£ millions. La structure est dans l’esprit classique de ce qui se fait désormais partout outre-manche, comme à Old Trafford ou Sunderland. Devant se dresse la statue de Billy Bremner - capitaine emblématique de la décennie d’hégémonie sous l’ère Revie - prise d’assaut par des chinois. RIP Billy.
Le reste est plus glauque. Et il suffit de faire un tour pour valider. Elland Road semble avoir été importé de quatre stades différents. Assemblés à l’emporte pièce. En toile grise, avec de grandes baies vitrées, la South Stand ressemble plus à des bureaux de PME ou à un «diner» à l’américaine. La West Stand en briques rouges, avec un «trait» de vitres en carreaux, file le cafard d’une usine de textile du Yorkshire des seventies. Pis, notre South Stand - le Kop - arbore les portes de vestiaires bleus et tourniquets de notre stade communal. A des plombes des stades ultramoderne et high-tech des riches voisins. Horrible. Et bonnard à la fois. L’odeur du vrai béton. Et celle d’un vieux football.
L’intérieur reste typique des stades anglais avec un pied sur la pelouse. Et des suppléments : pylônes en plein milieu de la tribune, toits en tôle qui donnent l’impression de pouvoir partir à la première levée de vent et, dessus, des spots de lumière de l’avant-guerre. Elland Road est une trappe temporelle. Un refuge au temps qui passe. Comme si le stade vivait encore dans les eighties. Il y vit. On y voit les ombres de Billy Bremner et de Johnny Giles. Le murmure de la voix de Don Revie. Le fantôme de Brian Clough. Sur le terrain, en réalité, une triste équipe de D3 surnage dans une partie d’amateurs. Un match de peintres qui se dessine aux compas et au record de touches inutiles. La première mi-temps est traumatisante. Brentford marquera heureusement à l’heure de jeu pour secouer le nid. L’ambiance est bonne. Bonnement anglaise. Rien d’impressionnant en soi – mais complètement inimaginable pour du National en France -, les 25 000 fans présents donnent fortement de la voix. De la fierté d’aimer Leeds jusqu’aux couplets sur l’ennemi Manchester. Aujourd’hui Man Yoo est loin. Dans un autre monde que l’égalisation de Jermaine Beckford ne peut rapprocher. Leeds touchera le poteau dans les dernières minutes et se contentera du nul. Une manière de dire que la montée au pallier D2 n’a rien d’acquis. Et doit se faire dans la souffrance et la sueur. Comme d’hab.
Leeds était un passage obligatoire de notre transit footballistico-culturel. Elland Road appelle à venir une fois. Mais rien qu’une. Comme la ville, il n’invite pas l’étranger à revenir. Dire qu’il foutrait presque le cafard n’est pas exagéré. Dirty Leeds : fidèle à sa réputation.
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