Culture foot, Premier League

FC United, un autre football

A Manchester, le vrai monde anti-Glazer ne s’appelle pas les Red Knights ni le MUST (Manchester United Supporters’ Trust) mais le FC United of Manchester. Le FCUM c’est l’histoire bucolique d’une voie vers le passé, vers un football démocratique et immaculé à l’image des Green Bay Packers en Amérique. Pour les fans. Contre le foot-business.

C’est un chemin de croisade. Des années, voire des décennies, à supporter Manchester United sur toutes les cartes. Avant que les magnats des affaires et la sale odeur du dollar n’entrent dans la place. Avant qu’un de leurs cornacs ne croque la pomme «ManYoo» : Malcolm Glazer. Le diable chez les Red Devils, l’histoire peut faire sourire. Mais quand les Glazer ont déboulé à Manchester, les fans ont senti le vent tourner. Ce vent-là puait le tout-business qui fait de ce sport une banale marchandise. Pas surprenant. Car Glazer n’était qu’un clone plus musclé de Rupert Murdoch. Quant à l’industrialisation du club et de la Premier League, elle ne datait pas du dernier réveillon entre hausse des tarifs, «bibliothéquisation» et «chinoïsation» d’Old Trafford, et décalage des horaires selon le vouloir des télés.

Welcome FC United

Alors certains ont préféré quitter le navire avant de se perdre en eaux troubles. Pour retrouver un coin de paradis et ce qu’ils considèrent comme le vrai football. Pour revenir aux sources, et que la passion subsiste, une poignée d’irréductibles ont créé le FC United of Manchester en 2005. Repartir d’en bas avait un prix – passer de la Champions’ League à la D10, des 75 000 gens d’Old Trafford aux 2 000 âmes de moyenne de Gigg Lane – mais être libre n’en a pas : au FCUM on peut rester debout en tribune, clamer son identité mancunienne, se déplacer en train et sans stewards, s’adonner aux pitch invasions, booker ses matchs loin de Sky.

Mais le FCUM pense plus loin. Plus qu’un énième club de ligue paumée, plus qu’un mouvement protestataire : les fans ont fomenté un authentique modèle alternatif au football 2K, dans les sillons tracés par l’AFC Wimbledon. Avec une doctrine universaliste : un club de football doit exister pour le bénéfice des supporters et de la communauté locale, et personne ne devrait bénéficier financièrement de son succès.

Une révolution écolo du foot

Ce ne sont pas que des mots. Ici chaque membre est copropriétaire et possède sa voix pour participer aux assemblées générales – par exemple pour voter le (bas) prix des tickets ou l’élection des membres bénévoles du board. Le club est une association à but non lucratif et buche étroitement avec la communauté locale (UK’s Cooperative Excellence Award en 2009).

Et le terrain dans tout ça ? Le cafard de quitter la lumière a vite été gommé par les bons résultats : trois promotions en cinq ans, quelques trophées champêtres, des pics de 6 700 personnes pour la venue de Brighton en FA Cup et de 4 000 followers à Blackpool ! Mais le vrai succès du FCUM est ailleurs : ses fans et son discours trouvent de plus en plus de sympathisants sans frontières. Tellement qu’ils ont été invité en 2010 à Hambourg pour fêter le 100ème anniversaire du tout aussi atypique Sankt Pauli.

C’est là une mini-victoire avant d’imaginer saler à grande échelle les rouages du capitalisme footballistique. Car pour déjà sortir ses crampons du bourbier de la D7, le FCUM bute sur un mur antagoniste : l’argent. Pour que l’histoire ne soit pas qu’un rêve utopiste d’une Beat Generation footballistique, pour qu’il soit autre chose qu’un microphénomène, le FCUM a besoin du soutien financier et volontaire des fans. Après tout, aux Etats-Unis, les Green Bay Packers viennent bien de gagner le Super Bowl. On appelle ça une bougie d’espoir au milieu d’un océan de dollars…

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