Le football au cœur de la bataille des sexes ? C’est ce que semble dire et ce dont traite, de façon amusante, le livre «A Matter of Life and Death» de Ronni Ancona et Alistair McGowan, nous amenant à nous questionner sur notre addiction à ce simple sport. Analyse, inspirée de When Saturday Comes.
Pas plus facile aujourd’hui de prendre la défense du football que d’un criminel notoire. Entre la violence, le racisme, la xénophobie ou le tout-business, le football semble renfermer en lui tous les maux viscéraux des sociétés modernes. Et après tout cela, il faudrait encore se faire l’avocat du foot face à l’hostilité des médias et de la classe moyenne féminine. Avec la multiplication des émissions sportives et des diffusions sur les chaines payantes, avec la disponibilité grandissante des contenus sur le Net, le foot n’aurait pas fini de rendre fou les hommes. Et folles les femmes. Pour des raisons divergentes. Ronni Ancona cible là une croissance des tensions publiques au sein du triangle femmes-hommes-football. Le foot, sujet fâcheux au centre des disputes de couple : rien de nouveau me direz-vous et TB n’y verrait aucun bluff bruellien. Les faits sont là et accusateurs. Le football a une place démesurée dans la vie de certains d’entre nous entre les discussions de comptoir - orales et écrites -, les lectures quotidiennes de journaux et contenus web, les galipettes sur les prés verts, les pizzas-TV HD et le béton des stades qui tuent les soirées du weekend. Et aux questions «Le foot ou moi, fais un choix», «Le football est pour toi plus important que notre mariage ?», la banderole «United, Kids, Wife – In that order» que l’on voit si souvent à Old Trafford semble résonner comme une réponse universelle, égoïste et je-m’en-foutiste.
Sur fond d’expérience personnelle et commune, Ancona et McGowan relatent ces sujets de controverses au sein des couples. La nouveauté du livre est d’approcher le foot non pas comme une religion, métaphore moderne la plus répandue, mais comme une substance dangereuse, génératrice de tristesse et tensions. Le foot serait une drogue qui lie socialement les bonhommes en tout genre, quelque soit le degré et la nature de notre dépendance : il y a ceux qui consultent chaque jour les colonnes de L’Equipe ou Befoot, ceux qui courent chaque soir sur le terrain de leur commune, ceux qui ne peuvent s’empêcher d’aller regarder la TV le Samedi soir chez les potes, d’allumer RMC en voiture ou de se tenir au courant du score en plein restau, ceux qui se tapent 25 déplacements en J9 dans l’année pour suivre leur club, ceux qui mélangent tout cela. Contre leurs volontés, les femmes en sont réduites à vivre avec le foot au quotidien. Ouille. D’autant qu’il faut considérer la consommation passive que génère le foot, petit frère de la cigarette dans la catégorie «je pollue tout le monde» : son et commentaires des TV, colonnes de la presse, publicités, affiches, tee-shirts, discussions des gens etc. Bref, le foot serait une drogue qui touche uniquement l’homme et il serait une bonne idée pour les femmes concernées de désintoxiquer leurs hommes avant que leur vie ne soit détruite.
La description du football destructeur, comme une menace croissante et une épidémie incontrôlable, est plutôt dure. Si le thème de la bataille des sexes est marrant mais peu novateur, les réflexions sur l’addiction sont plutôt intéressantes. Les auteurs se concentrent sur le fait de regarder le foot à la TV : il existerait quatre candidats potentiels causateurs de cette «maladie» terrible. Il y a la Communauté : l’homme aurait besoin d’appartenir à un groupe, de faire partie d’un «gang» contre le monde entier. Il y a l’Espoir, lié au fait qu’un jour viendra notre tour et celui de notre club dans cette loterie nationale. Il y a la Victoire : les grands clubs gagnent le plus de matchs, ainsi génèrent le plus de bonheur et attirent le plus de suiveurs. Mais aucun de ces trois candidats n’expliquerait l’attrait d’un match de ballon à la TV. La clé pour comprendre comment le football agit comme une drogue viendrait de l’Excitation. Tout du moins si l’on en croit John Bunyard, un expert en neuroscience et comportement de masse, qui formule l’hypothèse d’un lien étroit avec la dopamine libérée, un neurotransmetteur impliqué dans les phénomènes de dépendance, via le «système de récompense», et qui a un effet globalement stimulant au niveau de notre système nerveux central.
Dans l’hypothèse du football, notre esprit serait en permanence, et presque inconsciemment, en train de prévoir ce qui va se passer (Est-ce que Keita va faire une passe ? Est-ce que le shoot des sabots de Brandao va rentrer ?). Il serait alors récompensé s’il a juste (plaisir) et sur-récompensé (grand plaisir) si le résultat est mieux que celui raisonnablement prédit. Notre esprit/cerveau/corps prendrait du plaisir dans ces prédictions, expectations, confirmées par la réalité. Toutes ces incessantes petites actions prédites, des milliers de fois pendant un match, seraient bien plus amusantes, et «récompensantes», pour notre cerveau que de contempler des vaches sur un pré vert. Le foot, contrairement à certains sports, aurait cette capacité d’apporter un inconnu permanent, des dangers soudains de bout en bout et d’être imprévisible sur son résultat final. C’est pourquoi une victoire 4-3, avec trois changements de «leader», est épuisante, hilarante et reste gravée dans nos mémoires pendant des décennies avec l’espoir de revoir un tel scénario.
C’est là une théorie «midi à 14h» comme une autre que développe Ronni Ancona. L’avantage c’est que contrairement à l’alcool et aux drogues, la dopamine est quelque chose de naturel et agissant naturellement. Alors voilà au moins là un point positif à redire à nos femmes pour encourager notre consommation de football. A placer, sans modération, au prochain restau pour justifier le réabonnement au Stade ou à Canal+ l’an prochain.



Pas de commentaires