Iconifiée. Personnifiée. Mythifiée. La Cup, cette vieille dame qui a célébré ses 140 printemps, continue de fasciner et de nourrir les passions outre-manche. Peut-être parce qu’elle entretien la tradition et perdure la vraie odeur du foot que le tout-business dilapide au galop.
En janvier 2011, ils étaient 1 400 fans de Newcastle United à cheminer vers le Broadhall Way de Stevenage (7 100 places). Stevenage ? Une bourgade d’à peine 80 000 âmes près de Londres et dont le club local, en League Two (D4), sustente autant les rêves que la verte plaine monotone et la drache locales. Un trip rock n’ roll mais pas franchement glamour pour des fans de la génération 2.0. A une exception près : c’est là l’un des rares endroits intemporels pour toucher un autre football. Pour remonter à sa source le temps d’un weekend. Car il y a des lieux qui sentent le foot plus qu’ailleurs.
C’est là l’esprit, l’âme, de la Cup. Mais vous avez encore plus de chances de le croiser dans les pages d’histoire. Car il fut un temps où l’on se souvenait du vainqueur de la Cup autant que de celui du championnat. C’était jusqu’aux seventies et aux eighties. C’était avant que la Premier League ne voit la lumière. Avant que la Champions League ne s’élargisse et se démocratise sur les écrans teevy. C’était avant que les magnats des affaires et leurs glauques billets n’investissent le ballon rond. En ce temps, celui de Matt Busby, de Bill Shankly, de Don Revie ou Brian Clough, on jouait la FA Cup autant que le championnat. On ne trichait pas en aérant les remplaçants. Ce temps-là a fuit. Preuve par les faits : en 2008, trois clubs de D2 garnissaient les demi-finales (Barnsley, Cardiff City, WBA) pour la première fois en 137 ans, avant que Portsmouth ne sauve l’élite.
Si l’intérêt des tout-puissants pour la Cup a décliné, celui des fans ne s’est jamais estompé. Parce que la Cup n’a rien perdu de son essence. Elle, n’offre aucun traitement de faveur : pas d’inversion au tirage pour écarts de divisions, et aucune délocalisation sous prétexte de sécurité. Sauf en 2004, les 2 300 places du stade The Warren de Yeading FC (D7) - plus connu pour les scènes de Bend It Like Beckham - ne pouvaient accueillir les 4 000 fans de Newcastle : le match fut délogé au Loftus Road de QPR.
Exception qui confirme la règle car ici le petit «reçoit» vraiment. C’est là la grandeur de la Cup : donner la fièvre à une petite ville, mettre en lumière un petit stade, un petit club. La Cup accepte les rencontres incongrues, antipodiques, dans des lieux immaculés et moyenâgeux. En 2005, la BBC a même diffusé un match Chasetown (D8)/Oldham (D3) dans un stade sans tribune, autour d’un pâturage de village, et sous un déluge salement British.
Dans sa magie, la Cup autorise les miracles - on pense par exemple à l’exploit de Leeds (D3) qui est allé gagner à Old Trafford devant 9 000 de ses fans - créer les légendes, comme celles de Cardiff 1927 ou du Crazy Gang, et façonne des héros comme Dave Beasant ou même Eric Cantona. Les Underdogs peuvent battre le Big Four, les besogneux vaincre les puissants. Et les fans peuvent regarder des joueurs faire le match de leur carrière comme dans un dying moment, dans des angles de caméras totalement inédits, et avec des fans entassés sur les regrettés standing terraces.
La Cup résume l’Angleterre. Celle où le football de clocher subsiste aux côtés des milliardaires de la Premier League. Un ADN qui fait que les Bristish se mouillent chaque dimanche sur des tribunes has been pour des matchs de basses divisions ou fondent un FC United après avoir traversé l’Europe entière pour Man Yoo. La Cup incarne un peu de tout ça mais aux yeux de tous. Un arrière-pays où l’odeur du foot – celle des baraques à frites, du cuir des chaussures boueuses, de l’herbe bien grasse ou des standing terraces – renaît le temps d’une rencontre à rebrousse-temps comme samedi à Stevenage.
Un lendemain de déplacement du PSG à Derry, Didier Braun écrivît dans L’Equipe qu’il existait donc
d’autres sources d’un football qui se joue, se vit, se sent encore autrement que comme une industrie. On finirait par l’oublier, à trop fréquenter les fastes de la Ligue des Champions et des grands championnats
C’était beau comme la Cup.





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