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La main du diable

Le 18 Avril 1990, l’Olympique de Marseille était victime de l’une des plus grandes vilenies de l’histoire du football : la terrible «main de Vata» dans l’air irrespirable de Lisbonne. Une injustice éternelle qui le privait d’une première finale de Coupe d’Europe.

Si Maradona a donné une âme romantique et poétique cruellement belle à la main devenue celle «de Dieu», la main qui happa l’OM un soir d’Avril 90 fut elle l’œuvre du Diable personnifié. Si le monde du foot était manichéen, Vata serait à jamais dans les orties de sa face ténébreuse pour avoir déguisé un billet de finale de la trépassée Coupe d’Europe par un sordide vol à l’arrachée.
L’instant prit vie dans le vieil Estadio de la Luz. Celui si souvent épicentre de la chaleur des nuits lisboètes, dans la nostalgie agitée des épopées d’Eusébio et Coluna. On est au virage des nineties. La décennie passée a vu la fin des grandes monarchies (Bayern, Ajax) et l’éviction des clubs anglais suite au drame du Heysel. En France, Bernard Tapie a racheté l’OM, en 1986. L’homme est pressé, turbule. Il vient des affaires, et parle haut de victoire dans un pays complexé malgré le triomphe de l’Euro 84. Les arrivées de Karl-Heinz Forster, Alain Giresse ou Klaus Aloffs ont refermé sans transition le chapitre bucolique de la remontée des «minots» en 1984. Le club a déjà pris une autre dimension : en 1989, l’OM enfile le premier titre de champion d’une série de cinq.

Si le ciel a toujours été bleu des Aygalades aux Cayoles, les nuits commencent à être plus étoilées. Marseille entrevoit la douce mélodie des soirées européennes - celle amèrement balayée par l’Ajax volant de Johan Cruijff puis Dennis Bergkamp. Le vieux Vélodrome bouillonne, dans l’exagération que prête à sa ville la caricature. Un rêve s’éveille. Les galéjades chantent que l’Europe parlera marseillais. Son mouvement ultra autour du FUW - Fanatics Ultras Winners - s’est constellé dans la deuxième moitié des années 80 sur le modèle italien, et les campagnes européennes vont lui donner l’occasion de rayonner sur tout le continent. Tapie ne s’y est pas trompé : il y a tout ici pour faire un grand club.

Alors quand se dessine en 1990 la première campagne continentale de sa présidence, Tapie s’est modelé une armada pour éviter la figuration. Il a même tenté un coup hors du réel : faire venir Diego Maradona à Marseille ! L’illusion restera dans les limbes, mais l’affaire en dit long sur l’appétit du bonhomme. Sans Maradona, l’OM est tout autant taillé: Amoros, Mozer, Tigana, Deschamps, Waddle, Papin et un illusionniste nommé Enzo Francescoli. Il a écarté l’AEK Athènes puis le CSKA Sofia pour accéder aux demi-finales. Et entrevoit le chemin que le foot français cherche désespérément depuis 14 ans et une histoire glauque de poteaux à Glasgow.

En demie, l’OM hérite du Benfica Lisbonne de Valdo, Ricardo et Aldair. Un habitué des grands rendez-vous européens, encore finaliste en 88. Et une enceinte qui souffle le chaud. Malgré une victoire à l’aller (2-1), Marseille fait la moue : porté par un Francescoli lunaire, l’OM à martyrisé le Benfica, compté à la palanquée les occasions… Ratées et les regrets. Waddle a même croisé la barre. Jamais un club français n’a été si impérial, fascinant. Mais au matin à Lisbonne, Gili le sait : il n’a pas de matelas de sécurité, il faudra tenir 90 minutes. Jouer quelques coups. Mais tenir. Face à l’aiguille qui tourne au ralenti. Face à la marée vocale de 120 000 gorges lisboètes incandescentes. Face à Hernani qui gribouille l’entrejeu. Et cet arbitrage encore douteux qui distille les coups de pieds arrêtés, mettant au supplice les nerfs du vieux Jean Castaneda, sorti de sa retraite à l’aller, et déjà limite sur le but de Lima.

Tenir, l’OM va y arriver, jusqu’à cette 83eme minute et un corner de Valdo. La suite tout le monde la connait, ou presque. Vata Matanu Garcia aux 6m. A la lutte avec Di Meco, l’angolais est trop court sur la déviation de Magnusson, mais allonge son bras droit et… trompe Castenada. Le canular semble trop gros. Tous les joueurs l’ont vu. Des dires des papets à Marseille, le monde entier l’a vu… Sauf un homme : Marcel Van Langenhove, l’arbitre belge du match. Qui rejoint le rond central, sous les hurlements des joueurs olympiens, et pendant que Vata simule la joie machiavélique d’une esbroufe surréaliste. 1-0. 20 ans après, Vata nie encore la fourberie : le plus beau coup du Diable est d’avoir fait croire qu’il n’existait pas.

Ce soir-là, Bernard Tapie, en colère contre la terre entière, dira «j’ai compris». Compris qu’on ne gagnait pas sur l’échiquier européen en étant un «petit club» que tout le monde moque. Compris qu’il fallait grossir pour peser dans ce paysage. Qu’il fallait aller jusqu’à embaucher, même courtement, Franck Beckenbauer pour faire balancer ces «éléments extérieurs». Compris qu’il fallait pleurer, déchanter, patienter avant de rencarder avec la gloire. Celle du 26 mai 1993 - et entre temps une nouvelle claque au stade San Nicolas de Bari dans une finale éteinte, perdue au loto des penaltys contre l’Etoile Rouge de Belgrade -, pour que les mains marseillaises se posent sur la coupe aux grandes oreilles. Pour mettre fin à la malédiction des 36 années. Pour que la ville rebelle soit plus forte que les griffes du Diable et toutes ses roueries, de Lisbonne à Bari.

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2 Commentaires

  • Les mains dans la surface de réparation : tout est dans l’interprétation - WebFootballClub.fr 15 février 2015 à 18:38

    […] aussi avec la célèbre « Main du Diable » de Vata un soir de juillet 1990, lors du match retour de la finale de la Ligue des champions à Lisbonne, […]

  • Il y avait pénalty sur Nilmar… | Befoot - L'actualité et l'histoire du foot autrement 20 août 2015 à 09:47

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