Le 13 avril 2005 est une date bien ancrée dans la mémoire des supporters lyonnais. C’est celle du quart de finale retour de Ligue des Champions disputé face au PSV Eindhoven et débouchant sur une élimination aux tirs au but, de celles où aucun des deux matchs n’a été perdu (2-2 en cumulé) et où les regrets sont comme qui dirait éternels. Il y avait pénalty sur Nilmar…
Le Bon, la Brute et le Truand
Dans toutes les histoires, il y a les gentils et les méchants. Cette histoire-là commence dès le match aller où, en plus d’une balle de match généreusement vendangée par Sidney Govou (1-1), cette vieille branche de Pierluigi Collina ne sort pas le jaune qui suspendait pour le retour un certain Mark Van Bommel, alias la Brute. Celui-ci a alors 28 ans et, par ses provocations, ses coups en douce, ses discussions incessantes et ses trucages, fait passer les Thiago Motta et autres Sergio Busquets actuels pour des enfants de chœur. La « roublardise », qu’ils disent…
Le 13 avril, pour le match retour, les Gones arrivent donc dos au mur dans l’ambiance surchauffée du Stade de Philips, contraints d’aller marquer pour passer la barrière des quarts de finale, déjà trop haute la saison précédente lorsque le futur champion d’Europe de Porto s’était présenté à Gerland. Pour Lyon et son trident Juninho-Diarra-Essien, qui ont explosé le Werder 10-2 en 8e avec un but de Berthod, c’est sûr, c’est l’année ou jamais. Les quelques 2.000 Lyonnais à avoir fait le déplacement y croient : le dernier carré et la confrontation avec le grand Milan les attend.
Tout commence bien, peut-être trop, avec un but précoce de Wiltord, l’homme qui tombait toujours à pic, dès la 10e minute. Le rêve se dessine, San Siro les voilà. Mais les choses se gâtent, un peu, quand Philip « le Truand » Cocu s’associe à Mark Van Bommel pour durcir le jeu et tenter de faire disjoncter un Mahamadou Diarra au bord du rouge mais gracié par Kim Milton, alors toujours le « Bon » Nielsen. Les Lyonnais souffrent, les contestations du duo infernal néerlandais s’intensifient, l’ambiance chauffe. Ce match ne sera pas comme les autres.
Kim aime me suive
Puis la situation se dégrade, beaucoup, avec l’égalisation d’Alex dès le retour des vestiaires et la pression augmente. Pendant ce temps, l’OL est signalé 7 fois hors-jeu, sans qu’on sache vraiment si c’est le public, le capitaine du PSV ou bien son entraineur qui arbitre. L’atmosphère sur le terrain est délétère, l’arbitre semble dépassé mais, malgré la domination des locaux, le match reste bloqué. La tension est palpable, le chaos est dans l’air. Cris frôle toutefois l’entrée dans la légende en fin de partie avec un ciseau acrobatique qui meurt à quelques centimètres du poteau, geste finalement totalement effacé de la mémoire collective.
À la dernière seconde du temps réglementaire, Malouda part en contre, se retrouve à environ 25 mètres du but adverse, la balle de match arrive… mais contre toute attente, c’est ce moment que M. Nielsen choisit pour siffler la fin du match. Une ultime facétie du Danois, croyait-on alors. Pour la première fois de l’histoire de la C1, un match autre que la finale doit aller aux prolongations. Pas comme les autres.
Minute sans
C’est là qu’Honorato Nilmar entre en scène. Le jeune Brésilien, arrivé en catastrophe l’été précédent pour pallier la blessure d’Elber, est le joker par excellence. Vif, renard et feu follet, il a tout pour apporter le danger dans la défense adverse. Et même s’il n’aura marqué que 7 buts durant son unique saison lyonnaise, dont deux lors de son premier quart d’heure, il restera à jamais lié à l’Histoire du club pour une action, pour cette action de la 100ème minute.
Sur un long ballon dévié, Nilmar accélère et n’a qu’une seule idée en tête : toucher le ballon avant le gardien. S’il y parvient, il sait, nous savons, que l’arbitre n’aura pas d’autre choix que de siffler un pénalty. Après tout, c’est une action archi-classique vue et revue cent fois par saison. Au bout de son sprint, l’attaquant tend le bout du pied gauche et atteint l’objectif. Il n’attend plus que le passage du camion Gomes qui se charge, comme prévu, de tout déblayer. La faute est évidente, tout le monde l’a vue. Le Philips Stadion est en apnée, l’OL va avoir une occasion en or d’aller en demi-finale. Mais rien ne se passe. Si M. Foote était un salaud, M. Nielsen peut s’estimer heureux que Thierry Roland n’ait pas été aux commentaires ce soir-là.
Bien sûr, cette action aurait pu rester de l’ordre de l’anecdote, rien d’autre qu’une péripétie dans un parcours européen remarquable. Mais évidemment, le destin est coquin et, à la place, il n’offrira qu’une séance de tirs au but perdue pour laisser Nilmar rejoindre Séville ‘82, Vata ‘90, ou même les poteaux de Glasgow ‘76 parmi les traumatismes collectifs qui, peut-être encore plus que les victoires, soudent pour toujours les supporters dans leurs déceptions et autres rêves brisés.
« J’apprends tous les jours »
À la fin du match, la rancœur envers le Bon Kim Milton sera exacerbée par la version Aulasienne du fameux « Ce soir j’ai compris » de Bernard Tapie : « J’apprends tous les jours et je soignerai mieux désormais la réputation de Lyon auprès des instances européennes. »[1] Une déclaration assortie de plusieurs témoignages indiquant que l’arbitre aurait été couvert de présents de la part des dirigeants du PSV (comme cela se fait souvent) et que tous les joueurs d’Eindhoven étaient allés lui donner leur maillot à la fin de la rencontre[2] [3], Mark Van Bommel en tête.
S’il ne s’agit ni de la première ni de la dernière désillusion lyonnaise en Coupe d’Europe (Pippo Inzaghi hante ces lignes), celle-ci tient une place particulière car elle subsiste par le biais d’un quasi-slogan. Comme le dit Jérémy Berthod : «’Il y avait penalty sur Nilmar’, c’est une expression très répandue à Lyon. » Qui n’est pas près de disparaitre.
[1] « Aulas accuse ! » http://www.leparisien.fr/sports/aulas-accuse-15-04-2005-2005868590.php
[2] « Jérémy Berthod : Il y avait pénalty sur Nilmar » : http://www.sofoot.com/jeremy-berthod-il-y-avait-penalty-sur-nilmar-c-est-une-expression-tres-repandue-a-lyon-199432.html
[3] « Nicolas Puydebois : C’est là qu’on voit les joueurs du PSV sortir du vestiaire de l’arbitre » : http://www.leliberolyon.fr/puydebois-cest-la-quon-voit-les-joueurs-du-psv-sortir-du-vestiaire-de-larbitre/26731




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