« C’est pure folie de faire sans arrêt la même chose et d’espérer un résultat différent. »
Albert Einstein
Tout footeux qui se respecte n’oubliera jamais ces belles soirées d’août de reprise de l’entrainement où les runnings remplacent les Copa Mundial pour de longues séances de footing. L’entraîneur se fait alors un malin plaisir de nous faire souffrir; pour lui sans préparation physique, impossible d’être en forme pour la saison. Et pour une grande partie des pros c’est pareil, et suffisamment ancré pour ne pas être remis en question. Si l’on a toujours fait comme cela, pourquoi changer maintenant ? En effet, pourquoi ? Ne joue-t-on pas le week-end avec un ballon et le tout en courant ?
Alexandre Marles, universitaire reconnu et responsable de la cellule de performance de l’Olympique Lyonnais a jeté un pavé dans la marles (sic) : « Sur les 22 équipes qualifiées en Champions League, 18 équipes font une préparation physique avec ballon et donc sans footing ». Autrement dit, on attend quoi en Ligue 1 pour se poser la question et au moins questionner nos pratiques. Non… déroger à la sacro-sainte préparation physique demeure une hérésie pour la plupart des clubs; et même les joueurs y participent, par exemple quand Toulalan critiqua fortement la préparation de Leonardo Jardim à son arrivée au club.
Cet « amateur portugais » défendait juste une approche différente : [1] « Il faut que les joueurs s’adaptent à une nouvelle forme de travail et à une nouvelle équipe technique. Ma méthodologie est globale, nous travaillons les aspects physiques, techniques et tactiques en même temps. Je crois qu’il est plus productif de travailler la dimension physique dans des situations au lieu de le faire séparément, parce que les joueurs sont plus motivés pour courir quand il s’agit de faire ce qu’ils aiment, c’est-à-dire, jouer au football. Pour cela il faut être toujours au contact de la balle. Le plus important est l’intensité et la qualité des exercices. »
« La préparation physique (dans le football) n’existe pas. Ce qui existe c’est une interdépendance de facteurs qui conditionnent la performance. » Paco Seirulo (2007)
Une préparation physique sans ballon donc ? La formulation est en fait inexacte. Pour certains même, la préparation physique n’existe pas. C’est ce qu’explique Paco Seirulo préparateur physique de l’équipe du Barça de Guardiola dans une passionnante discussion [2] avec Angel Cappa, entraineur romantique argentin et chef d’orchestre d’une ode au Football avec son Huracan Tiki tiki [3] emmené par le magnifique Javier Pastore.
Cappa : « Paco je ne sais pas si tu es d’accord avec moi mais la préparation physique en tant que telle n’existe pas. Il existe la préparation d’un footballeur, d’un basketteur, d’un tennisman, mais pas de préparation en terme général »
Seirulo : « Je suis d’accord avec toi. Avant, on pensait par erreur qu’il fallait d’abord fabriquer un athlète et après lui apprendre à jouer coûte que coûte. S’il fallait travailler la résistance, on s’entrainait sans différence à la plage, à la montagne… ou que cela soit. Puis on adapte cette résistance développée à son sport. Mais cela ne fonctionne pas comme cela. En agissant ainsi, on perd seulement du temps et de l’énergie car chaque sport nécessite un traitement spécifique. »
Cappa : « La vitesse par exemple. Dans le football c’est différent car cela a trait à la précision, voir le jeu avant. »
Seirulo : « J’ai entrainé dans d’autres sports et le Football est le sport qui prime le plus l’habilité du joueur : son intelligence, la prise de décision, la sensibilité et la maîtrise des espaces et des temps de jeu… Pourquoi ? Dans le Foot, tu utilises tes pieds à la fois pour te déplacer et pour jouer, et tu dois être concentré sur toi-même et sur l’équipe, ainsi les talents de ce sport sont, personnellement, des mecs très singuliers. »
Cappa : « pour résumer je crois qu’il existe une préparation qui se concentre sur les muscles et une autre, la correcte, sur le football. »
« Le cerveau et le corps sont interdépendants, donc il faut entraîner la conscience pour entraîner le corps. » L’erreur de Descartes : la raison des émotions, A.Damiaso
En effet, le football est un jeu collectif et complexe, imprévisible même, qui est défini par l’interaction de quatre dimensions : la tactique, le physique, la technique et le mental. À l’inverse des sports individuels, le football est un sport collectif à la dynamique non linéaire. Travailler les dimensions et le savoir-faire du jeu de manière isolée (préparation physique de pré-saison, préparation tactique d’avant match, préparation mentale) est inadapté et contre-productif. C’est ce que préconise l’approche conventionnelle largement utilisée en Ligue 1. À ceci s’oppose une philosophie plus globale qui a été longuement théorisée par Manuel Sergio, le père de la faculté de motricité humaine de Lisbonne et mentor de Jose Mourinho : « Le football, ce n’est pas une activité physique, c’est une activité humaine. Pour être un entraineur de football, il faut être un spécialiste en sciences humaines et entraîner tout en même temps : le physique, le mental, la tactique. »
« La connaissance de la connaissance. » La méthode, E.Morin
À ceci, le professeur Vitor Frade a greffé une méthodologie d’entrainement développée d’abord dans son laboratoire du FC Porto et reprise ensuite par de nombreux entraineurs sous le nom barbare de « périodisation tactique ».
La périodisation tactique soutient une approche systémique et globale où l’on travaille des situations de match pour développer un enseignement tactique spécifique et favoriser l’émergence d’un projet de jeu. Il s’agit de développer une intelligence situationnelle du collectif et des individualités, avec comme objectif de résoudre les problèmes imprévisibles proposés par le jeu. On travaille sur des unités plus courtes mais plus intenses de volumes de jeu avec un but spécifique. Peu connue en France mais pourtant inspirée du grand penseur et philosophe Français Edgar Morin, la périodisation tactique reprend les principaux enseignements du philosophe notamment sur la connaissance de la connaissance et de la pensée complexe, dans le sens qui relie et fait le lien : « C’est le sens le plus proche du terme complexus (ce qui est tissé ensemble). Cela veut dire que, par opposition au mode de penser traditionnel, qui découpe les champs de connaissances en disciplines et les compartimente, la pensée complexe est contre l’isolement et les restitue dans leur contexte et, si possible, dans la globalité dont ils font partie. »
Edgar Morin critique l’enseignement français trop compartimenté. Critique facilement transposable à l’approche conventionnelle de la préparation physique dans le football. Cette philosophie de comptoir sur un sport de mecs qui courent après un ballon pourrait paraître bien incongrue si ces mêmes idées n’avaient pas été reprises et appliquées par quelques entraineurs de renoms comme Pep Guardiola. L’entraineur espagnol répondait ainsi à une question d’un journaliste sur la mauvaise condition physique des joueurs du Barca : [4] « Oubliez, la préparation physique cela n’existe pas. Ce qu’il faut avoir à l’esprit ce sont les équipiers, les appuis sur le terrain, ces choses qui font que quand elles fonctionnent ensemble, l’équipe va bien. Mais la préparation physique n’existe pas. Tout est lié à l’harmonie sur le terrain. »
Dans une autre interview, le meilleur ennemi de Guardiola, le Portugais Jose Mourinho va dans le même sens : « Pour moi, il n’existe pas de joueurs en forme ou non. Il existe des joueurs adaptés à une forme de jouer. Selon moi, résister c’est s’adapter à une idée de jeu et être capable de réaliser des actions individuelles et collectives implicites dans le cadre de cette expression collective. »
Deux entraineurs aux philosophies de jeu opposées mais utilisant une même méthode pour la développer : la périodisation tactique. Une même philosophie et une même méthode d’entrainement au service d’une confrontation idéologique avec l’obstination du contrôle du ballon pour Pep et celui des espaces pour Mou. Et c’est vrai, apprendre à jouer au foot en jouant au foot serait une preuve de bon sens.
« Les blessures musculaires et le paradigme du Football Italien. » Entre Linhas, C. Carvalhal
Pour les plus pragmatiques d’entre vous et accrochés à l’approche conventionnelle, sachez que cette approche représente aussi le meilleur moyen d’éviter les blessures. En jouant au foot, on fait travailler les mêmes muscles qu’en match. Un érudit, l’entraineur Carlos Carvalhal (un autre de ces nombreux entraineurs portugais à avoir des résultats en Europa League avec d’obscures équipes), s’est intéressé à ces blessures causées par la préparation physique de pré-saison qui requiert un effort long, brutal et, à la limite, aux antipodes de l’effort de match où l’on doit gérer ses courses en gardant de la lucidité si importante pour prendre les bonnes décisions.
Il s’explique dans son livre Entre Linhas sur les blessures et le paradigme du Football Italien : « En 2010/11, sur les 28 premières journées du championnat, il y a eu en moyenne 64 joueurs absents pour cause de blessure musculaire par journée, en particulier chez les équipes jouant les compétitions européennes. » Selon lui, les causes directes sont les programmes d’entrainement inadaptés avec une trop grande quantité d’entrainements physiques et trop peu d’importance accordée à la récupération. Des entrainements qui provoquent une rupture avec les efforts développés en match, contrairement à ce que préconise cet adepte de la périodisation tactique qui travaille sous forme de micro cycles hebdomadaires adaptés au rythme des matchs et donnant de la continuité à l’effort développé par le corps. Selon lui, le muscle est un organe sensible et non pas un outil de travail. Trop de travail physique entrainerait une fatigue mentale et physique qui nuit à la concentration nécessaire aux prises de décision et donc, in fine, à la performance. Moins de quantité mais plus de qualité et d’intensité dans les entrainements donc.
Vous pouvez donc maintenant retourner à l’entrainement l’esprit libre. Et quand bien même vous seriez dernier au test de Cooper, vous n’en êtes pas pour autant forcément un mauvais footballeur…
[1] À voir aussi sur l’excellent site Faute tactique l’article sur Leonardo Jardim
[2] http://www.entrenamientodeportivo.org/articulos/conversaciones_futbol_con_angelcapa_seirulo_2007.pdf
[3] Huracan Tiki tiki Angel Cappa
[4] Chronique de l’excellent journaliste Marti Perarnau dans Marca




1 Commentaire
Mr El Trinche, votre article est orienté, incomplet et sans aucune analyse des sources que vous citez.
1. la préparation physique ne se fait pas qu’avec ballon dans les clubs, exemple : travail proprioceptif, travail de musculation, travail de l’accélération qui se fait avec des charges a trainer, travail de prévention des blessures…
2. donc effectivement les longs footings ont été remplacé par du travail avec ballon… mais ça fait déjà pas mal de temps… et seulement le travail d’endurance et travail lactique peut se faire avec ballon…aucun des autres…donc il faudrait peut être le signaler…
3. Quand Guardiola ou Mourinho disent cela il ne faut pas oublier qu’ils ont les meilleurs équipes du monde qui monopolisent la balle lors d’un match. Effectivement la performance au football est multifactorielle (technique, tactique, mental et physique) et ces équipes s’en sortent avec la technique incroyable des joueurs qui les composent et la bien sure le collectif est primordial. Mais lorsque vous avez une équipe qui joue contre eux et qu’il faut courir beaucoup plus que l’équipe qui a le ballon alors les points de vu diverges un peu et votre équipe a intérêt a être bien physiquement sinon difficile de résister…
4. Pour les blessures dans le foot italien, vous avez donner la réponse : « les causes directes sont les programmes d’entrainement inadaptés avec une trop grande quantité d’entrainements physiques et trop peu d’importance accordée à la récupération. » Blessures liées a une mauvaise planification de l’entrainement…