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Yoann Gourcuff, intouchable

Yoann Gourcuff et Abou Diaby sont au Ballon de Plâtre ce que Lionel Messi et Cristiano Ronaldo sont au Ballon d’Or. Deux rivaux qui sont au-dessus de toute concurrence. D’un côté, il y a le surdoué qui envoie du rêve à chaque nouvelle blessure en inventant de nouveaux gestes; de l’autre, une bête de travail qui donne tout à l’entrainement pour rattraper son déficit technique par rapport au premier. Il était écrit que, cette année, l’une de ces deux stars deviendrait le premier à être plâtré une seconde fois. À l’issue d’une lutte acharnée et d’une campagne sans merci, c’est finalement P’tit Zizou qui l’a emporté et même plutôt largement… Il entre ainsi par la grande porte dans la légende du Ballon de Plâtre.

Kouign Yoann

La vie de Yoann Gourcuff, c’est un peu L’École des Champions mais en version bandelettes et sparadraps. Il débute sa carrière jeune avec Rennes et flambe assez rapidement, mais pas que sur le terrain. Vous l’avez peut-être oublié mais, en 2006, il est condamné à pas moins de 2 000 euros d’amende pour « violences volontaires ayant entraîné une ITT de plus de huit jours » après une baston dans une boite à Hennebont (oui, y’a des boites là-bas aussi). Les blessures et les arrêts maladie l’accompagnent déjà.

Yoann Siro

Cela ne l’empêche pas de signer au Milan pour 4,5M€ (soit moins que son salaire annuel d’aujourd’hui, juste pour situer). Le « nouveau Zidane » s’éclate lors de sa première saison, devient « Gourcouff » bien avant de connaitre Ribéry, et gagne même la Ligue des Champions avec des légendes comme Seedorf, Pirlo ou Kakà, avant de se faire déglinguer par le Patron Maldini pour son immaturité (qui à l’époque était plus mentale que physique).

yoann-gourcuff-le-successeur

Special Yoann

C’est après son transfert à Bordeaux que Gourcuff devient Le Successeur grâce notamment à des buts « excroyables » (un mix entre « exceptionnel » et « incroyable ») comme celui face au PSG de Sammy Traoré, Sylvain Armand et Marcos Céara :

Yoann vaut alors bien les 15 millions de son option d’achat car il envoie beaucoup trop de rêve et devient un membre à part entière de l’Équipe de France. D’ailleurs, jusqu’en 2010, il n’aura quasiment jamais été blessé. Mais tout ça, c’était avant le drame bien entendu.

Yoann Solo

Le drame, c’est Knysna, le bolossage par Ribéry, le carton rouge contre l’Afrique du Sud, le bras de fer pour son transfert, les 22M€, la présentation en grandes pompes à Gerland et Claude Puel (pour ce dernier, ce n’est p’tet qu’une coïncidence mais bon, comme par hasard, hein). Nous sommes en 2010 et la carrière de Gourcuff se plâtre inexorablement.

Du 24 novembre 2010 au 31 octobre 2014, il se blesse 17 fois pour près de 700 jours d’indisponibilité au total et à peine 50% de matchs joués avec l’OL. Le mec devient une machine (marque HP sans doute, vu la quantité de défauts) et l’expression « Gourcuff blessé » sert désormais à expliquer aux enfants ce qu’est un pléonasme. D’abord plaint puis raillé et enfin admiré pour sa régularité dans l’absence, il atteint une première fois le Nirvana avec le Ballon de Plâtre 2012.

Mais là où il est très fort et où il prouve qu’il mérite largement sa victoire cette année encore, c’est qu’il continue de progresser et élargit sa palette au point de savoir tout faire : blessure en match, seul, sur un tacle, à l’entrainement et même à la ville. Comme rappelé dans sa présentation, le mec s’est quand même blessé assez lourdement en faisant du footing avec son chien… Même Cañizares et son parfum doivent être jaloux.

Yo Plaboum

Sous ses airs de Rain Man, Yoyo est en fait un as de la com. Personne n’a oublié ce splendide épisode d’Intérieur Sport où il fait 100 fois le tour du stade avec Tiburce Darou, son propre préparateur physique ressuscité de la Star Academy (si quelqu’un a des nouvelles d’Emma Daumas ou Jérémy Chatelain d’ailleurs…). Tout ça pour se péter l’adducteur sur la première frappe venue.

Il sait aussi très bien faire passer ses messages, même quand son entraineur le force à jouer parce qu’il fait l’erreur de ne pas croire à la Plâtre Attitude de son joueur. Le Nantes-Lyon de février est un collector du genre : Yoann a passé la moitié de ses 60 minutes sur le terrain à grimacer et s’étirer. On ne va pas se mentir, ce jour-là, un double Ballon de Plâtre est né. C’est d’ailleurs ce même jour qu’a lieu cette séquence d’anthologie sur le banc :

gourcuff-nantes-lyon

Mais ce qui a probablement définitivement fait pencher la balance en faveur de Gourcuff, c’est sa propension à toujours (mais genre toujours) rechuter au moment où on pense atteindre l’extase en le voyant régaler sur le terrain. Faire languir son public avec des temps de récup’ jamais vus dans le foot, l’aguicher avec des gestes techniques en HD pour finalement quitter la scène sur civière… appelez ça plaisir malsain ou ambition démesurée dans la course au Ballon de Plâtre, mais nous on est fans.

Si on ajoute à tout ça le fait que ses blessures deviennent maintenant carrément des faits « people », on explose le buzzomètre qui, rappelons-le, pèse lourd dans le barème de cette élection.

Cette théâtralisation et cette dramaturgie aussi fortes que permanentes l’ont fait remporter tous les suffrages, aux dépens d’un Abou Diaby tout aussi appliqué mais sans doute un peu trop scolaire. On veut du show, merde !

Et puis, comment ne pas aborder la question du salaire ? Si Ribéry et Falcao touchent bien plus que Gourcuff, ils n’ont pas été contraints de négocier une baisse de leurs émoluments à cause d’un R.O.I. encore plus dégueulasse qu’un tacle de Cyril Rool la légende. Bien loin d’un accord à la Redondo (qui avait refusé son salaire au Milan après un tas de pépins physiques), c’était en réalité une façon supplémentaire de se mettre sous le feu des projecteurs des électeurs de Befoot qui n’en attendaient pas moins (on vous connait).

On peut donc légitimement dire que Yoann Gourcuff fait un très beau vainqueur pour ce Ballon de Plâtre 2014, après avoir survolé un plateau pourtant terriblement relevé, et c’est un grand honneur pour nous d’écrire son nom au feutre sur notre Plâtre of Fame pour la deuxième fois. Peut-être pas la dernière.

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